" Nous ne serons jamais heureux si nous ne cherchons qu'à obtenir des réalisations mondaines parce que celles-ci ne durent pas. En agissant de la sorte nous finissons par courir après une série de rêves sans fin.

Quand il y a un conflit entre le spirituel et le mondain, que devez-vous faire ? Si j'étais vous, je choisirais la spiritualité, parce qu'il s'agit au moins de quelque chose que vous allez développer en vous-même et que vous ne perdrez jamais : quelque chose qui dure..."

Un esprit de débutant

le 16 septembre 2012

Est-ce que vous vous souvenez de ce temps où vous étiez tout petit et jouiez dans le jardin ou couriez dans le parc ? Je ne pense pas que les enfants d'aujourd'hui aient le luxe de se connecter à la nature autant que des personnes plus âgées comme nous. De nos jours, les parents distraient leurs enfants avec un iPad, un iPhone, des jeux vidéo et des technologies modernes. Je ne dis pas que c'est une mauvaise idée d'exposer les jeunes enfants aux technologies modernes, mais j'aimerais recommander aux parents d'inviter leurs enfants à passer  plus de temps avec la nature, de sorte qu'en grandissant, ils apprécient d'avantage leur vie.

De nos jours, de nombreux parents confient beaucoup trop la responsabilité d'élever leurs enfants à l'école, aux émissions de télévision, aux jeux vidéo, etc. Il n'est pas étonnant qu'en grandissant, certains enfants s'éloignent ainsi de leurs parents et de la nature, ou bien même se montrent complètement indifférents à la souffrance des autres. Si vous nourrissez l'esprit de vos enfants avec des choses fabriquées, alors ils deviendront bien sûr eux même des reflets de ces fabrications, des système auxquels ils sont confiés. En tant que parents, c'est une lourde responsabilité d'élever des enfants, et non  seulement de les nourrir, mais de prendre soin de leur bien-être spirituel.

La plupart des situations de nos vies se produisent en fonction du karma et des conditions d'interdépendance. Certains enfants poursuivent leur vie très bien à l'âge l'adulte, malgré leur environnement difficile durant leur jeunesse. On ne peut donc pas toujours vraiment dire qu'élever de telle ou telle façon les enfants les conduisent systématiquement vers une vie d'adulte difficile, mais une chose dont nous devrions toujours nous souvenir est de toujours nous préoccuper de les garder près de mère nature. Sans la compréhension de cette mère nature les enfants ne seront pas capables la plupart du temps l'apprécier, et c'est ainsi que se produisent tous ces dégâts se répendant actuellement à l'environnement naturel.

Quand nous sommes connectés dès l'enfance à l'environnement naturel, nous avons une compréhension de son fonctionnement, et de notre grande dépendance à son égard. C'est seulement avec cette compréhension que nous apprécierons et attacherons de la valeur à notre mère nature.

Pour parler égoïstement je me souviens de quand j'avais cinq ans : J'avais l'habitude de déambuler dans mon monastère la nuit, tout seul, pour vérifier si les lumières étaient éteintes. Comme j'étais petit et pas bien haut, il fallait souvent que je bataille pas mal pour éteindre ces lumières, en particulier celles des toilettes et des salles de bain. La plupart des gens oubliaient toujours d'y éteindre la lumière quand ils avaient fini leurs petites affaires. J'avais ainsi toujours le sentiment que c'était ma responsabilité de m'assurer que les lumières soient  éteintes. Mon bien-aimé tuteur, Khenpo Noryang, fit plusieurs fois mon éloge en disant aux moines âgés : « Bien qu'il (c'est-à-dire moi) ait un corps d'enfant et de petite taille, son esprit est très grand car il ne veut pas gaspiller l'énergie. Vous, les gars, vous êtes grands par la taille et pourtant votre esprit est très petit : vous laissez les lumières allumées et les robinets couler, sans vous soucier de l'environnement. »

La plupart du temps, à cause de ma paresse et de mon espièglerie, mes tuteurs (huit au total) me menaient vraiment la vie dure. Ils me battaient même parfois jusqu'à ce que j'en perde connaissance. Comme mes parents n'étaient pas autorisés à rester avec moi, j'ai connu des moments très difficiles quand j'étais tout petit. Mais mes tuteurs, et en particulier Khenpo Noryang, aimaient faire l'éloge de mon « travail de nuit », celui que je faisait en parcourant le monastère pour éteindre les lumières. Alors cela a regonflé mon ego et m'a encouragé à nourrir ma personnalité originale d'amoureux de la nature.

Bien sûr, comme la plupart d'entre vous, j'ai peu à peu cédé à la modernisation. Je me suis récemment rendu compte que je laissais moi aussi des lumières allumées dans les salles de bain ! 

C'est comme notre refuge et notre pratique spirituelle. Quand nous avons commencé (en tant que débutant), nous avions un tel enthousiasme que nous voulions presque être éveillé tout de suite. Nous faisions des milliers de prosternations par jour, des dizaines de milliers de mantras par jour, mais ensuite, tout doucement, notre moteur a commencé à ralentir. Il y a tant de distractions à l'extérieur que nous nous disons : "Allons voir ce qui se passe là-bas et ensuite nous reviendrons terminer notre pratique ". Ou bien "Si on ne peut pas pratiquer aujourd'hui, on le fera demain."

Une fois qu'on a rompu le fil de la pratique, alors on va se mettre à traîner. Finalement, on oublie même notre premier instant de profond désir irrépressible, ce souhait d'aider tous les êtres pour atteindre l'éveil. Une chose en mène à une autre, et nos vielles habitudes négatives commencent à nous rattraper. En un rien de temps, on risque même de devenir pire qu'au moment qui a précédé notre début sur le chemin spirituel. Comme tout ce que nous faisons, la pratique spirituelle et la motivation de la Bodhicitta doivent toujours rester sur les rails  si non nous nous écarterons de notre esprit originel, de cet esprit du débutant.

À la lumière de notre besoin de rendre continuellement du bon à notre mère nature, laissez-moi à nouveau vous encourager tous à vous joindre à nous pour battre le record de Live to Love pour la plantation d'arbres au Ladakh. Nous avons besoin du soutien de tous pour nous aider à maintenir une action régulière et à poursuivre notre engagement de protéger, préserver et sauver notre environnement.

Alors à bientôt au Ladakh, pour le 4e Concile Drukpa annuel.

Rendons à la nature

http://www.drukpa.fr/fr/2012/20120915_nature.html 

le 15 septembre 2012

La nature a toujours été très bienveillante à notre égard. Nous vivons de la nature, ou plutôt nous faisons partie de la nature. J'aimerais dire : « Nous sommes la nature ! » Depuis que la civilisation humaine a commencé, nous comptons entièrement sur mère nature pour notre survie et notre bien-être.

Notre ego nous dit : « Je suis au-dessus de la nature. Je suis au-dessus de tout. Je suis le plus grand. Je suis aux commandes. J'ai tous les droits d'utiliser toutes les ressources naturelles. » Je me souviens qu'il y a longtemps, même en Inde, nous n'avions pas besoin d'acheter l'eau. Nous n'avions pas besoin d'acheter de l'engrais. Nous étions bien heureux à cette époque. En fait, je dirais que nous étions plus heureux que maintenant.

Récemment, j'ai lu quelques articles sur « l'ingénierie génétique » concernant nos produits agricoles. J'ai trouvé ça vraiment choquant. Je dois être vraiment en retard à apprendre que même notre nourriture est fabriquée et qu'elle n'est plus naturelle. Peut-être dans un futur très proche, nous deviendrons aussi non-naturels, étranges et anormaux. Tout ce que nous avions l'habitude de manger et d'apprécier était biologique, aussi loin que je me souvienne, et maintenant, nous devons payer beaucoup plus cher pour avoir des produits biologiques. Qu'est-ce que cela signifie ? J'ai ri en moi-même ; nous avons mis des décennies à inventer de nouvelles formules, de nouvelles recettes, pour que notre nourriture soit meilleure, notre vie plus commode, notre travail plus facile. Après avoir dépensé des milliards de dollars dans la recherche, nous avons découvert que nous étions mieux sans ces nouvelles inventions ou fabrications. Je ne suis pas en train de dire que toutes les inventions sont mauvaises, mais franchement certaines inventions sont bien étranges.

À cause de la manière étrange et égoïste dont nous avons mené notre vie, toutes sortes de maladies apparaissent tous les jours, à chaque minute. C'est notre karma. C'est la conséquence de nos actes. Pour le dire de façon pessimiste, nous le cherchons bien.

Nous exploitons mère nature depuis tellement longtemps, vie après vie. Nous ne pouvons pas nous en empêcher car notre ego est si fort, au-delà de tout contrôle. Notre ego nous dit que nous voulons ceci, nous voulons cela, nous devons avoir plus, nous devons avoir mieux. À maltraiter l'environnement, nous avons maintenant toutes ces catastrophes. Il est injuste de les appeler des catastrophes « naturelles », car nous avons rendu la nature bien malade. Ainsi, quand la nature tombe malade, comme quand nous avons un rhume, cela devient catastrophique. C'est la façon dont la nature exprime son chagrin.

Rendre à la nature est quelque chose que j'ai toujours eu à l'esprit, et la plus importante de mes priorités. Comme je n'ai pas une bonne éducation scientifique, alors ma façon rudimentaire de redonner à la nature est de planter des arbres et de faire des Pad Yatra. Pour beaucoup de gens, ces deux idées paraissent très stupides car ce n'est pas compliqué et c'est très basique. Comme je l'ai dit, nous nous compliquons la vie parce que nous pensons que nous allons accomplir beaucoup de choses. Au lieu d'accomplir beaucoup dans un sens positif, nous finissons par contracter des maladies incurables bizarres, et par vivre dans un monde plein de catastrophes.

Je vous invite, vous mes amis et mes étudiants, à vous joindre à moi dans un effort très stimulant pour venir en aide à l'environnement himalayen. L'écosystème de l'Himalaya a une influence sur tout l'écosystème mondial. C'est la source de l'eau qui alimente presque la moitié de la population mondiale. Le 29 octobre, nous allons essayer de battre le record du monde Guinness pour la plantation d'arbres au Ladakh ; ce sera notre modeste contribution à la nature. Je me permets de remercier Zangmola pour son aide auprès de la Young Drukpa Association (YDA) pour préparer cet événement, ainsi que les moines d'Hémis et l'ensemble des membres d'YDA Ladakh pour leur implication active sur le terrain. Mon appréciation va aussi à toutes les branches de Live to Love dans le monde entier qui travaillent à la collecte de fonds. Un très grand merci à tous pour votre soutien affectueux !

Permettez-moi de vous inviter à vous rendre sur le site de Live to Love pour plus de détails, parce que je ne suis pas très doué pour expliquer l'aspect technique de ce merveilleux projet. Pour terminer, j'attends avec impatience que vous nous rejoignez tous, soit en participant personnellement, soit en sponsorisant la plantation d'arbres. Ceci doit être un effort conjoint accompli par chacun de nous, car nous partageons tous une même maison, une même terre.

Y a-t-il une vie future ?

http://www.drukpa.fr/fr/2012/20120911_vie.html

le 11 septembre 2012

Pour vous parler franchement, j'aimerais qu'il n'y ait pas de vie future. Un de mes plus vieux étudiants m'a dit récemment : « Je me moque de la vie future. » D'abord j'ai été plutôt choqué, puis ça m'a rendu assez triste. Je pense que si c'était vraiment le cas, alors personne ne devrait s'inquiéter de la vie présente non plus. Mais malheureusement, ce n'est pas la réalité. Parce que nous devons faire l'expérience de la cause et de la conséquence de nos pensées, de nos paroles et de nos actes, nous ferions mieux de nous inquiéter de la vie future de façon à être mieux préparé.

J'aimerais vraiment qu'il n'y ait pas de vie future. S'il n'y a pas de vie future, cela signifie que je peux tout faire pour mon propre plaisir. Je peux tuer, je peux mal me comporter, je peux faire toutes sortes de choses négatives pour rendre mon ego heureux et satisfaire mes désirs parce qu'il n'y a pas de vie future. Ceci signifie que quoi que je fasse, il n'y aura pas de résultats, bons ou mauvais. Même quand je fais des choses positives, il n'y aura pas de bons résultats. Alors il n'y a pas de but à notre vie, pas de raisons de s'améliorer et aucune raison de faire quoi que ce soit. Nous devenons comme des pommes de terre. Les pommes de terre n'ont pas besoin de croire qu'il y a une vie future.

Malheureusement, personne n'est au-dessus du karma. Nous pouvons choisir de ne pas croire au karma ou en la vie future, mais cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas. Je montre ici une photo de moi prise il y a 30 ans et qui dit aussi beaucoup sur la vie future. Mon apparence a changé et il ne s'agit pas d'un changement soudain. Cela a été un changement progressif, ou vous pouvez l'appeler une évolution. À chaque minute « je » meurs et passe au « je » de la minute suivante. Ceci me dit qu'il y a une vie future. Ce que je faisais alors continue d'affecter ma vie jusqu'à ce jour. Toutes les cochonneries que j'ai mangées quand j'étais petit m'ont rendu bien malade en grandissant. De toute évidence, il y a une cause et une conséquence.

Le plus important pour un pratiquant spirituel est de ne jamais perdre confiance en le karma. Le karma est la loi universelle à laquelle personne ne peut échapper. La compréhension de la loi du karma nous maintient toujours sur la bonne voie, attentifs à nous-mêmes et à notre direction. En fait, c'est génial de savoir que nous avons une vie future et de nombreuses vies car cela nous offre une opportunité positive de nous encourager, en sachant que si nous chutons et faisons des erreurs de temps en temps, ce n'est pas très grave parce que nous avons de nombreuses chances. Si nous n'avons pas de vie future, c'est vraiment très dommage pour nous parce que si nous ne faisons pas bien les choses, il n'y a pas d'autres chances. Si nous n'avons pas de vie future, alors ce monde n'a pas d'espoir. Mieux vaut ne rien faire et juste devenir vraiment comme des pommes de terre.

Quoi qu'il en soit, heureusement ou malheureusement, nous avons besoin de connaître le karma par l'expérience. Grâce à cette connaissance, nous savons que tout est entre nos mains et que nous sommes notre propre maître, et par conséquent nous pouvons changer et améliorer notre destin. Si cela ne nous gêne pas de souffrir, et si cela ne nous gêne pas de créer les causes de la souffrance, alors il est parfaitement bien de nous persuader nous-mêmes qu'il n'y a pas de vie future, qu'il n'y a pas de lendemain. Puisque ce n'est pas vrai, pourquoi devons-nous renoncer ? Il n'est pas nécessaire de nous rendre sombre et morose à propos de notre vie. Nous avons cette vie magnifique parce que nous avons la possibilité de rencontrer, de comprendre et de pratiquer la Vérité universelle enseignée par le Bouddha éveillé et sa lignée de fils et filles spirituelles. En comparaison des êtres qui n'ont aucune chance d'apercevoir la Vérité, nous sommes beaucoup plus fortunés.

L'éveil n'est pas un voyage ou un processus que nous devons accomplir avec beaucoup de douleur. C'est ici, c'est maintenant. Nous sommes l'éveil. Nous sommes la Vérité universelle. Parce que nous ne le réalisons pas, nous sommes bloqués ici, avec toutes sortes de doutes et de malheurs. Une fois que c'est clair, nous comprendrons et réaliserons immédiatement que nous sommes l'éveil. Le processus ou le voyage n'est pas l'éveil, c'est la pratique de la compréhension basée sur l'expérience. Nous pouvons même l'appeler la découverte de notre nature primordiale. Ce processus de découverte peut être très déroutant, et il peut aussi faire que vous soyez coincé avec des douleurs et des regrets. Cela ne fait rien. Nous passons par des douleurs, des douleurs de croissance. Sans effort ou douleur, pas de bénéfice. Si nous ne passons pas par là, nous n'apprécierons pas la vie. Parfois je me dis souvent que la souffrance est là pour nous faire savoir que nous sommes en vie et que nous avons une chance.

Mes chers amis et étudiants, ne désespérez pas. Nous sommes ensemble, main dans la main dans ce voyage de découverte. Depuis des vies nous sommes ensemble, pendant de nombreuses vies à venir nous serons ensemble. Cela a été, c'est et ce sera parfois un tour sur les montagnes russes, parfois un voyage en mer calme, et parfois une promenade somnolente et ennuyeuse. Maintenant, c'est le moment de dire « bonne nuit ».

Une autre réunion

le 12 septembre 2012

Est-ce que vous vous êtes déjà senti chez vous et en terrain connu quand vous allez à certains endroits et rencontrez certaines personnes ? C'est le résultat karmique ou l'empreinte karmique qui vient de nos vies antérieures et de nos souvenirs. Comme notre conscience, notre mémoire nous suit d'une vie à la suivante. Ainsi, nous rencontrons des gens et allons dans des lieux que nous aimons instantanément, et il y a d'autres aussi avec qui nous nous sentons immédiatement mal à l'aise. Parfois les gens l'appellent de l'intuition. Je l'appelle les empreintes. Seul le karma peut accomplir de telles merveilles ou de tels miracles.

Tséwa (le nom actuel de Holy) est vraiment espiègle. Il a trouvé un ours en peluche dans la chambre de quelqu'un, me l'a apporté et voulait que je l'accepte pour pouvoir avoir mon dragon jouet. Je n'étais pas d'accord et il n'arrêtait pas de mettre l'ours en peluche sur mon lit en espérant que je lui donnerais mon dragon. Il recommençait le jeu encore et encore pendant une heure. Je ressentais une grande chaleur car c'est ainsi que nous, les êtres, interagissons et nous connectons les uns aux autres. De nos jours, la plupart des gens appellent ce type d'interaction « une perte de temps ». Nous ne voulons pas interagir et communiquer avec les gens parce que nous avons le sentiment que nous n'avons pas le temps. Avec ce genre d'attitude, nous développons l'habitude d'être impatients. Même quand, extérieurement nous prétendons être si gentils et bons, peut-être par politesse ou pour se montrer sociables ou diplomates, tout au fond de notre esprit nous n'aimons personne, nous n'aimons rien dans le monde. Nous sommes prêts à nous plaindre. Nous sommes prêts à trouver des défauts aux autres. Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas gentils, mais parce que, sous prétexte que nous ne souhaitons pas perdre de temps, nous trouvons tout le monde et toute chose irritants. Voici comment nous gâchons notre courte vie. Bien que j'aie dit hier que le fait d'avoir d'innombrables vies futures signifie que l'on peut faire des erreurs et avoir des occasions de s'améliorer, nous ne devrions cependant pas gaspiller notre vie. Après tout, nous ne savons pas si nous aurons la bonne fortune de nous rencontrer à nouveau ou non.

Je fais de mon mieux pour être juste, en comprenant que chacun, de son point de vue, pensera toujours qu'il ou elle a raison. Donc, avec cette compréhension, je fais de mon mieux pour écouter les points de vue de tout le monde, sans porter de jugement. Quand tout le monde dit que telle personne est mauvaise et horrible, j'essaie de voir les raisons pour lesquelles il ou elle agit ou parle ainsi. J'essaie aussi de vérifier la motivation de ceux qui me racontent des histoires sur les autres, que les histoires soient bonnes ou mauvaises ; la motivation est très importante. En ce monde, nous ne pouvons pas être en paix si nous ne sommes pas justes. Ce monde est plein d'émotions et de désirs. Tout le monde, y compris nous-mêmes, a un ego. D'un certain côté, tout le monde a raison. D'un autre, tout le monde a tort. C'est pourquoi les meilleurs amis peuvent devenir les pires ennemis, et le contraire est aussi vrai. C'est la beauté de la Vérité universelle.

Il y a de nombreux angles morts dans nos souvenirs. Chaque fois nous les découvrons, ils nous réservent souvent des surprises agréables. Dès que Tséwa a rencontré Wangdi – un parent à moi – il était visiblement au comble de la joie. Wangdi était un des amis préférés de Holy. La chose incroyable est que Tséwa, ou Holy, se souvient de tous ses amis préférés. Donc, Holy est finalement revenu, dans un autre corps. J'ai décidé de l'appeler « Tséwa » et son frère « Gawa ». « Tséwa » veut dire « amour » et « Gawa » veut dire « joie ». Chaque fois que je retrouve mes gourous, mes amis, mes étudiants ou tous les êtres que j'ai connus dans le passé, je me sens vraiment ravi. C'est toujours une confirmation de ma forte croyance en le karma, et c'est grâce à « Tséwa » ou « l'Amour » que nous nous rencontrons encore et encore.

Cela suffit maintenant à embrouiller tout le monde. J'espère que vous ressentirez tous la joie de l'amour à chaque instant de votre vie. C'est ainsi que nous nous rapprochons de notre chez nous, de notre chez nous spirituel, comme si on revenait au bonheur.

La joie de rentrer chez soi

le 20 août 2012

À l'invitation des représentants de Son Éminence Takna Rinpoché et de trois personnes qui représentent tout le Lahaul ou Garsha, j'ai décidé de me rendre à Garsha le mois prochain, afin d'accomplir la cérémonie de la coupe de cheveux de la réincarnation de Son Éminence Takna Rinpoché. Il n'a qu'un an et demi. Je pense que c'est peut-être un peu trop tôt, mais de nombreuses personnes ont insisté pour que j'accomplisse cette cérémonie significative pour être sûr qu'il traverse ce voyage difficile, et j'ai donc accepté cette requête. Je peux comprendre l'inquiétude de tous parce que Takna Rinpoché est si précieux, et ils ne veulent pas qu'il rencontre d'obstacles en grandissant.

C'est donc la nouvelle d'une autre réunion que je voudrais partager. J'espère seulement, et je prie que ses parents ne prennent pas la fuite, comme l'ont fait mes parents. Mes parents se sont enfuis au Népal alors que le groupe de recherche me cherchait partout. Heureusement dans son cas, d'après ce que j'ai appris, ses parents ont été tout à fait ravis d'apprendre que leur fils avait été découvert par moi comme la réincarnation de notre bien-aimé Takna Rinpoché. Mes parents ont finalement été ramenés à accepter que j'étais une réincarnation car de nombreux grands maîtres disaient que, s'ils ne me rendaient pas en offrande à mon rôle professionnel, je ne vivrais pas.

Réincarnations après réincarnations, certains d'entre nous qui ont un but ou même les moyens de contrôler nos renaissances reviennent encore et encore. Cependant, nombre d'entre nous continuent de reprendre naissance sans le choisir. Dans certaines de nos vies, grâce à des conditions favorables, nous pouvons faire beaucoup d'activités utiles pour le bien des êtres. Dans certaines de nos vies, à cause de conditions défavorables, nous ne sommes pas capables d'être bénéfiques à beaucoup, non parce que nous ne le voulons pas, mais parce qu'on ne nous en donne pas l'occasion ou qu'on a trop d'obstacles. En fait, parfois on peut même dire que chaque réincarnation est la même, mais pourtant différente.

Une de mes réincarnatioéns précédentes – on l'appelle le Lotus Blanc ou Pma Karpo – était, contrairement à moi, fort active et réussissait très bien. Il était artiste, médecin, philosophe, scientifique, astrologue, écrivain et grand yogi, et il était très bon dans chacun de ces domaines. Parfois, quand je regarde son portrait et quand je lis sa biographie et ses œuvres, je me demande ce qui m'est arrivé. Je ne pense pas avoir « hérité » d'aucun de ces talents.

Aujourd'hui, mes nonnes m'ont fait la requête qu'un de ces jours, je donne un enseignement sur le Drubthab Gyatso ou « Océan des Méthodes » de Kunkhyen Drukpa Péma Karpo. J'ai alors pensé pourquoi pas. Même si je n'ai aucun de ses talents, je crois que je suis assez familier de son style d'enseignement pour avoir suffisamment de confiance pour partager son savoir ou l'Océan des Méthodes. Pour l'instant, après notre Pad Yatra au Sri Lanka, je retournerai au Ladakh pour donner cet enseignement pendant huit jours, non seulement aux nonnes qui en ont fait la requête, mais à tous ceux qui participent. J'espère que ce sera bénéfique à beaucoup d'entre vous.

En l'espace d'une journée, j'ai rempli mon programme avec deux événements supplémentaires. Une visite à Garsha du 11 au 15 septembre et le Drubthab Gyatso de Kunkhyen Drukpa Péma Karpo du 19 au 26 janvier. C'est bien agréable de pouvoir remplir sa vie avec des activités qui peuvent aider autrui. Vous ne pensez pas ?

Une réunion

Holy est revenu

le 14 août 2012

J'aimerais pouvoir retrouver tous les autres grands maîtres aussi facilement que j'ai trouvé mon vieil ami disparu, Holy. En fait, si vous voulez faire une grande histoire au sujet d'un miracle, retrouver un vieil ami parmi des milliards et des milliards d'êtres vivants qui se sont réincarnés est un miracle, ne pensez-vous pas ?

Nous sommes tous des réincarnations, assumant les rôles de différents êtres aux différents coins du samsara. C'est aussi pourquoi je dis toujours que le samsara est un cycle qui ne cesse de tourner, tourner, tourner, dans lequel nous nous rencontrons encore et encore. Le samsara est également appelé l'existence cyclique. Nous sommes tous recyclés d'une certaine manière. Cela veut dire que nous devons êtres gentils, aimables et utiles les uns aux autres parce que la haine engendre la haine, non seulement dans cette vie, mais elle peut se perpétuer encore et encore jusqu'à l'infini sous différentes formes. L'amour et la compassion sont la seule solution pour stopper ce cercle vicieux.

Je regardais une vidéo de ce que mon maître bien-aimé avait dit quand il a visité Drukpa Plouray. Il a dit que la paix dans le monde ne tombe pas du ciel et ne pousse pas à partir de la terre ; tout vient de notre esprit. Les êtres humains sont ceux qui créent les guerres et la souffrance. Pour établir la paix dans ce monde et cet univers, nous, les êtres humains, ont un énorme rôle à jouer.

Me racontant son histoire dans son langage à lui

Quand j'ai retrouvé Holy cette fois à Paris, il était fou de joie, et moi aussi. Nous pouvions croire à peine que ce serait possible de se rencontrer à nouveau. C'était très triste de se quitter. Holy était devenu sourd et aveugle avant de trépasser la dernière fois. Il était très en colère et avait plein de remords à cause de la peur et l'insécurité. Mes parents et moi avions essayé de faire de notre mieux pour nous occuper de lui, mais il vivait dans le noir et le silence complets. Nous n'arrivions pas à soulager sa douleur et sa souffrance malgré notre grande envie de le faire. Nous ne pouvions que le regarder souffrir. C'était très douloureux pour nous aussi. Ensuite, il nous a quittés discrètement. J'étais très triste parce que je savais qu'il allait être fortement perdu. Il n'avait pas eu la chance de pouvoir pratiquer pendant qu'il était en vie ; être un chien ne lui avait pas donné les précieuses opportunités d'écouter le Dharma, de comprendre le Dharma et de le pratiquer. En fait, « Dharma » veut dire transformer notre corps, notre parole et notre esprit, et avec cette transformation nous pouvons changer notre karma. Même si nous nous sommes rencontrés et avons vécu ensemble, mes parents et moi n'avons pas pu faire grand-chose. Cela nous montre combien notre vie humaine est importante et précieuse.

Pendant quelques années, je pensais constamment à lui et où je pourrais le retrouver. Il y a quelques jours, immédiatement après le programme à Plouray, j'ai décidé de prolonger mon séjour d'une journée à Paris pour chercher un Saint-Bernard. J'avais demandé à plusieurs amis d'en rechercher un en Asie dès que Holy a trépassé, mais ils n'avaient pas réussi. Alors celui-ci est né il y a tout juste deux mois. Nous ne devrions jamais penser que les animaux sont stupides et n'ont aucune conscience. Ils peuvent nous reconnaître, ainsi que leurs amis et leurs ennemis des vies passées. Nous le pouvons aussi. C'est la raison pour laquelle parfois nous aimons ou n'aimons pas certaines personnes spontanément. Ce genre d'empreinte karmique a toujours été là, demeure toujours présente et nous accompagnera indéfiniment.

Les amis, les ennemis, les gourous, les disciples, les pères, les mères, mêmes vos animaux de compagnie, vos plantes, l'endroit où vous êtes né, où vous avez grandi et partout où vous avez vécu des expériences de différentes sortes de paysages et de rencontres ne sont pas des coïncidences. Je ne crois jamais à la chance ou aux coïncidences. Rien dans cet univers n'arrive par hasard. C'est soit la cause, soit l'effet. Cette relation de cause et effet que nous appelons le « karma » est celle qui nous fait tourner en rond encore et encore, nous obligeant de nous recycler sans cesse. Parfois dans de bonnes conditions, parfois dans des conditions négatives. Comme il s'agit de notre propre création, nous avons d'excellentes opportunités de transformer le négatif en positif. C'est un miracle qui se trouve entre nos mains. Ce n'est qu'en raison de notre manque de confiance, de compréhension et de réalisation de notre propre potentiel que nous sommes coincés ici.

Cette fois-ci, j'ai décidé de ramener Holy ainsi que son frère auquel il semblait très attaché afin de lui tenir compagnie. Je vais amener mon ami et son frère au Pad Yatra au Sri Lanka. J'espère que le gouvernement sri lankais me le permettra et qu'ils n'auront pas besoin d'un visa. Je dois m'appuyer sur l'équipe « Live to Love » en Inde, notre organisateur, pour m'aider à réaliser ce souhait.

Je prie toujours du fond du cœur que si je peux aider et être bénéfique aux êtres qui m'entourent, notamment mes étudiants et amis bien-aimés, alors faites que je puisse toujours bénéficier des conditions nécessaires pour les retrouver et les ramener avec moi. La seule demande que j'oserais faire est qu'ils devraient essayer de se réincarner plus près de moi physiquement, sinon il faut faire beaucoup d'efforts pour les ramener là ou je suis. Quand ils arrivent dans cette vie, c'est gratuit pour eux, mais pour que je les ramène chez moi, c'est très compliqué. La quarantaine, les billets d'avions, les vaccins sont un processus complexe en France.

J'ai perdu mon téléphone portable

le 8 août 2012

J'ai perdu mon téléphone portable pendant un déplacement. J'étais très inquiet et contrarié pendant exactement une heure. J'étais inquiet que quelqu'un puisse téléphoner avec mon portable et que je devrais payer la facture. J'étais inquiet pour ceci et cela en me demandant ce qui s'est passé avec mon nouveau téléphone. Après une heure exactement, j'étais très content parce que cela me donnait une excuse pour acheter un iPhone 5.

Je suis allé sur Google pour voir où est-ce que je pourrais acheter un iPhone 5. J'étais déçu parce que ce n'est pas encore disponible. Les commerces en ligne disent que peut-être il sera disponible en septembre, ou octobre, voire même en novembre. Qui sait ? Alors j'étais très agité parce que j'ai perdu mon nouveau téléphone portable et l'iPhone 5 n'est toujours pas disponible. Ensuite je me suis dit, pourquoi est-ce que j'ai besoin d'un portable ? Je travaille pour tous les êtres sensibles et je ne peux clairement pas m'occuper de tous les êtres s'ils m'appellent tout le temps sur le portable. Je n'ai que 24 heures, une bouche pour parler et deux oreilles pour écouter. Même si j'utilise deux téléphones portables simultanément, je ne pourrai me créer une bouche de plus pour que chacune parle dans un téléphone. Même si je ne dors pas et je parle 30 secondes avec un être, disant « Bonjour » et « Au revoir », je ne pourrais parler qu'avec quelques milliers d'êtres humains par jour. En réalité, un téléphone portable n'est donc d'aucune utilité pour moi. Pourquoi est-ce que je cours après un portable ?

C'est un excellent enseignement pour moi. L'enseignement de tous mes gourous bien-aimés est très clair : ceci est le samsara. Nous sommes sans cesse en train de courir après quelque chose. Dans mon cas, par exemple, il s'agit de courir d'une génération de téléphone mobile au suivant. Est-ce que cela a vraiment du sens ou pas ? Je n'utilise pratiquement pas le téléphone portable. Parfois je n'arrive même pas à me souvenir où je l'ai laissé, peut-être dans la cuisine, aux toilettes ou éventuellement dans le sac.

C'est pareil avec beaucoup de choses que nous avons dans cette vie. Pendant le Pad Yatra, nous ne pouvons emporter que ce que nous pouvons porter. Notre voyage de la vie est comme notre Pad Yatra. Nous nous ne pouvons emporter que ce que nous pouvons porter ; les choses que nous emportons devraient être les bonnes choses et non pas les mauvaises qui continuent à ajouter du poids, vie après vie. Un jour, quand le poids du karma est trop lourd, nous tombons, peut-être dans le royaume des animaux ou dans celui des enfers. C'est pourquoi je demande souvent à mes amis et étudiants de se joindre à nous pour le Pad Yatra, ce qui leur donnerait un sens d'appréciation pour leurs propres vies et un sentiment de véritable contentement et de satisfaction.

Aujourd'hui, je n'ai pas de nouvelles à partager, sauf cette perte de mon téléphone portable et le fait de ne pas pouvoir acheter un iPhone 5. C'est un excellent rappel de l'enseignement de mon Gourou sur l'existence cyclique

Vous êtes heureux, alors je suis heureux

le 30 juillet 2012

Visiter le Tibet oriental n'était pas vraiment un voyage très facile. Outre toutes les démarches administratives et le voyage lui-même, l'altitude peut aussi être un obstacle. J'étais très heureux qu'aucun des délégués ou invités n'aient eu de problèmes pendant ce programme particulièrement court et chargé. L'équipe « Live to Love » ainsi que mes propres étudiants et amis Drukpa ont travaillé très dur afin de tout organiser. Je pensais même que ce pourrait être mon dernier voyage dans ce coin du monde. Qui sait quel genre d'impression cette visite a pu avoir sur les esprits des autres ? Les perceptions que les gens peuvent avoir sont très drôles. La plupart d'entre eux croient en ce qu'ils pensent au lieu de la vérité. C'est la beauté de nos esprits complexes. C'est pourquoi je dis toujours, « Tout le monde a raison… et pourtant, pas raison. » Raison et correct de leur propre point de vue, et probablement incorrect et faux du point de vue des autres.

 

En dépit du programme chargé et du long voyage, nous avons réussi à faire plein de choses différentes, notamment aider les victimes du dernier tremblement de terre. C'était inquiétant de voir a quel point le tremblement de terre a fait des dégâts. Il ne restait presque plus rien à Jyekundo ou à Yushu. Rien ! 99 % des gens vivent encore sous les tentes de secours. Si ce n'est pas un enseignement sur l'impermanence, alors qu'est-ce qui le serait ? Je suis fier de Live to Love, et notamment l'équipe Live to Love de Hong Kong qui a réussi à collecter des fonds pour la distribution de couvertures et de tasses pour boire. J'aimerais remercier Kyabjé Lhachok Rinpoché en particulier, ainsi que ses étudiants asiatiques, d'avoir fourni un soutien et assuré l'organisation de l'assistance sur place à Jyekundo. Rien n'aurait été possible sans la coopération de tous. Merci !

L'un des projets les plus importants que j'ai dans cette vie, comme vous le savez tous, est la statue du Bouddha Amitabha qui devait être érigée au Mont Druk Amitabha. La statue du Bouddha est maintenant installée dans le bonheur à Nangchen. Du toit du monde, il enverra une bénédiction énorme à nous tous. Je suis très fier d'être associé à ce projet et je suis profondément reconnaissant envers Kyabjé Satrul Rinpoché d'avoir accepté que cette statue fasse partie du projet du stoupa d'Ashoka. En tant que détenteurs de la lignée Drukpa, ou du clan des yogis, nous n'espérons que le bonheur d'autrui. Selon le vieux adage, « Vous êtes heureux, alors je suis heureux. » Collectivement nous ressentons tous la même chose et aimerions que nos activités apportent du bonheur, de la joie et de l'encouragement. Seul, je n'aurais pas pu faire tout ceci, et c'est grâce à de nombreux bienfaiteurs généreux et des personnes assidues que ce projet a pu voir le jour. Pour toute personne qui a pu contribuer de cette manière, sachez qu'il s'agit du plus grand mérite que l'on puisse imaginer ! Félicitations !

Le Tibet oriental a toujours été un endroit merveilleux où les pratiquants spirituels venaient pratiquer et atteindre l'éveil. Notre bien-aimé Drubwang Shakya Shri, l'un des yogis les plus connus et respectés de notre lignée, fut en vérité originaire du Tibet oriental. Nous sommes réellement très chanceux de pouvoir visiter ces lieux et de recevoir la bénédiction en y étant physiquement. Quand je suis parti, de nombreuses personnes m'ont dit qu'au moins quatre dragons sont descendus du ciel et sont restés à Jyekundo ou Yushu pendant quelques jours avant de s'envoler. Quand nos Rinpochés me l'ont dit, je n'ai pas pu le croire et ils m'ont envoyé des photos pour le prouver. J'ai décide de ne pas montrer les photos ici, parce que je me souviens que, l'année dernière, quand des gens ont montré des photos du Bouddha dans le ciel ainsi que des signes incroyables pendant notre visite au Vietnam, plein de gens ont fait des commentaires désobligeants d'incrédulité, décourageant les autres de développer leur dévotion. Puisque ceci est le genre de période au cours de laquelle les gens n'ont aucune confiance dans la dévotion, alors pourquoi s'embêter à leur montrer et à inviter leurs critiques ? Nous sommes dans un âge très triste et pitoyable où nous manquons de dévotion et critiquons, non pas parce que nous avons envie d'apprendre et de vérifier les choses, mais parce que notre égo est tellement énorme que les doutes s'installent et nous empêchent totalement de recevoir la bénédiction et de comprendre.

 

La statue est un cadeau de notre part à tout le peuple himalayen. Je ne pense pas que qui que ce soit parmi nous puisse dire que nous n'avons pas un rôle à jouer dans le monde plus vaste. Chacun de nous a la possibilité d'aider notre communauté et d'apporter du bonheur aux êtres qui nous entourent. Les peuples de l'Himalaya ont vraiment besoin qu'on leur rappelle qu'ils sont les gardiens du toit du monde. Nangchen, tout comme de nombreux lieux dans l'Himalaya, souffre de problèmes écologiques. Je pouvais voir des déchets non biodégradables partout où j'allais cette fois-ci.

 

D'une certaine manière, vous pouvez dire que le Bouddha Amitabha n'a rien à voir avec l'environnement, mais d'une autre manière, il a tout à voir avec le maintien de l'environnement dans un état propre et vert. Si nous sommes des pratiquants fervents, et si nous savons que nous devrions garder la terre pure du Bouddha propre, est-ce que nous ne devrions pas tous nous réunir afin de nous assurer que les terres autour de la statue du Bouddha Amitabha soient maintenues propres et sans déchets non biodégradables ? Ceci serait un excellent moyen d'accumuler du mérite. Pratiquer l'écologie est une pratique de Bodhisattva. Nous sauvons des vies en rendant l'environnement sain et sauf pour les êtres vivants. Je saisis cette occasion pour encourager mes amis et mes étudiants à le faire en mon nom, en mon absence !

 

Tout au long de la visite, j'étais vraiment encouragé par la rencontre avec les étudiants de feu Kybajé Adeu Rinpoché qui ont montré une dévotion sans faille et une détermination à suivre dans les pas de leur Gourou. J'étais prêt à rencontrer l'actuel Adeu Rinpoché, le fils cadet de Kyabjé Satrul Rinpoché, mais malheureusement les conditions n'étaient pas réunies. Je ne comprends toujours pas pourquoi le gouvernement n'a pas permis que nous nous rencontrions. Je suppose que chaque gouvernement a ses propres politiques et règlements que nous devons respecter. En tout cas, j'envoie constamment mes bénédictions et mon amour au jeune Kyabjé Adeu Rinpoché, partout là où je suis.

 

On m'a dit que pendant notre visite, la ville de Beijing a été frappée par un orage qui a fait de nombreuses victimes. C'était le plus grand désastre de la sorte depuis 61 ans. Après que nous soyons partis, un autre orage a frappé Beijing. J'ai pensé que cela devait servir à donner l'alarme afin de nous réveiller face au danger que représente un comportement non bienveillant envers l'environnement. J'espère et prie afin que nous puissions tous progresser ensemble pour promouvoir un mode de vie écologique. J'espère aussi que nous allons bientôt pouvoir organiser un Pad Yatra au Mont Kailash, la montagne la plus sacrée de ce monde, et la nettoyer pour le bien de tous les êtres. Si ce souhait se réalisait, évidemment ce ne serait pas ma dernière visite en Chine.

Dans quelques heures, je vais atterrir à Paris… ceci sera un autre chapitre à raconter plus tard !

Lignée et samaya

le 28 mai 2012

 Il y a sept jours, le mois lunaire le plus sacré de l'année a commencé, et aujourd'hui est le saint anniversaire de la naissance du Bouddha Shakyamuni. Je conseille à tous mes amis et étudiants de garder un esprit positif, et de faire et dire des choses positives. La naissance veut dire un nouveau départ, alors pourquoi ne pas saisir cette occasion pour se faire un reboot.

Comme vous devez déjà le savoir, j'ai la plupart de mes enfants spirituels ici avec moi au Mont Druk Amitabha. En tant que chef de notre lignée ancienne, j'ai la responsabilité de transmettre l'héritage spirituel, les enseignements et les bénédictions de la lignée à la jeune génération d'enseignants. Notre membre le plus jeune a cinq ou six ans. Chaque fois je vois mes jeunes enfants, j'ai beaucoup d'espoir en notre avenir, et c'est toujours ma responsabilité de veiller sur eux, notamment en termes spirituels, tout comme l'ont fait pour moi mes gourous précieux et bien-aimés. J'espère et fais des prières afin que je puisse toujours maintenir la pureté de notre lignée pour le bien de nos générations futures d'enseignants et de tous les êtres qui entreront en contact avec eux. Après tout, le quatrième Drukpa, Kunkhyen Péma Karpo, avait intentionnellement ajouté le « r » à « Kagyud » pour s'assurer que toutes les générations qui le suivaient se souviendraient de notre lignée en tant gue « Kargyud » ou la lignée « blanche » ou « pure ». Malheureusement, à l'époque il n'avait pas prévu qu'en raison de l'influence importante de l'anglais ou d'autres langues étrangères, de nos jours les gens ne savent pas faire ou entendre la différence entre « Kagyud » et « Kargyud » et trouvent que ce n'est pas important. Pour moi, je dois dire qu'en fait, c'est très important. Bien que nous disions toujours que mettre des étiquettes n'est pas important, dans notre monde actuel où donner des étiquettes est devenu tellement important, si nous recevons une mauvaise étiquette ou une étiquette mal écrite, notre lignée peut éventuellement disparaître. Pour garder les choses simples, pures et propres, il y a longtemps j'ai décidé d'appeler notre ordre la « Lignée du Dragon », tout simplement pour nous aligner strictement et de près à la pureté précieuse de notre lignée. Ceux qui sont d'accord suivront ; ceux qui ne le sont pas, c'est un monde libre, aucune obligation. Ce n'est qu'un jeu samsarique.

Beaucoup de gens ont du mal à comprendre pourquoi garder la pureté de la lignée est très important pour nous, les détenteurs d'une lignée du Vajrayana. Imaginez un détenteur de lignée comme un vase ou un récipient. Imaginez quand c'est contaminé. Quel que soit ou quelque précieux que soit le nectar de la lignée du Dharma que l'on y verse, le nectar sera contaminé. Même si le prochain récipient est complètement propre et pure, le nectar contaminé du premier récipient contaminera le suivant. Quand une lignée est contaminée, cela veut dire que la bénédiction est brisée. Peu importe les qualités du gourou présent, la bénédiction est rompue. Ainsi, en tant que détenteurs de la lignée, nous avons la grande responsabilité de nous assurer que ni le récipient, ni le nectar ne soient contaminés. C'est aussi pourquoi beaucoup d'entre nous sont en train de transmettre et d'enseigner beaucoup sur les termas, ou les trésors cachés, récemment révélés et frais. Depuis Gourou Padmasambhava ou nos autres aïeuls tels que Rechungpa, à travers les trésors de l'esprit ou des objets, jusqu'à nos gourous et ensuite à nous, la lignée n'est pas longue et donc le risque de contamination est bien moindre. Tant que nous sommes, en tant que détenteurs de la lignée, déterminés à maintenir la pureté de notre motivation, nous devrions pouvoir transmettre la lignée de façon très pure à nos prochaines générations.

Beaucoup d'entre nous composons également de nouvelles prières, faisant de notre mieux pour restaurer, ou faire un reboot, des bénédictions de la lignée. Puisque les gourous sont des récipients importants à partir desquels vous recevez le nectar des bénédictions, il est de votre devoir en tant qu'étudiant ou adepte de vérifier si les gourous et leurs lignées sont purs ou non. Après tout, c'est votre éveil qu'il s'agit de protéger. C'est à vous de vérifier et de tester. Ne renoncez pas à ce droit en étant un adepte aveugle. Je dis toujours à mes amis et étudiants que la chose la plus importante est de voir si les maîtres ont gardé leur samaya, s'ils ont cassé le lien ou la connexion avec le mandala de leur gourou. Vous ne pouvez pas recevoir une bénédiction pleine et entière d'une lignée et de maîtres qui ont un lien rompu. À moins que vous ne preniez ceci pour un jeu, que l'éveil n'est pas important pour vous et une relation dévotionnelle est plutôt une affaire romantique qu'une question sérieuse de vie et de mort, dans ce cas, vous pouvez naturellement faire tout ce que vous voulez. Le chemin spirituel veut dire le chemin vers l'éveil, et l'éveil est une libération de la souffrance du samsara. À défaut d'aimer la souffrance, je pense que nous ferions mieux de viser l'éveil pour le bien de tous les êtres. Ceci rendra notre vie porteuse de sens et de fruits.

« Samaya » est la connexion spirituelle dont je parle. C'est un vœu assez sérieux. Elle est donnée par un gourou à tous les étudiants et disciples dans le mandala lors d'une initiation. Normalement, ces temps-ci nous donnons rarement une pratique de samaya sérieuse à des laïcs, mais pour les tulkous, c'est un lien essentiel et important. Si le gourou est authentique, il ou elle peut sévèrement tomber malade ou éventuellement mourir si le lien n'est pas maintenu correctement et harmonieusement parmi ses étudiants et disciples proches. L'harmonie est toujours l'élément le plus important dans tout cela. C'est pourquoi nous disons toujours qu'une fois vous devenez un pratiquant du Vajrayana, après avoir fait tous les contrôles et vérifications nécessaires, et assisté à des initiations avec vos frères et sœurs Vajra, évitez de dire des choses dans leur dos et d'être des amis non vertueux. Vous devez toujours garder votre esprit concentré sur le Dharma et la dévotion au gourou. Le Vajrayana est un chemin très rapide : il vous amène directement à l'éveil et sinon directement en enfer. Il n'y a pas de voie ou de route secondaire. Si vous vous trouvez parmi des personnes qui sont toujours en train de médire les autres frères et sœurs Vajra, vous devez les évitez. En fait, vous devriez partir en courant, comme pour vous éloigner de serpents dangereux. Si vous médisez constamment, alors vous devez arrêter immédiatement, non pas parce que ce n'est pas bon pour les autres, mais parce que ce n'est pas bon pour votre chemin spirituel. Cela vous éloignerait de plus en plus de votre chemin spirituel intérieur, de votre gourou et de votre éveil. Sauf si vous êtes très curieux de savoir à quoi ressemble l'enfer, il vaut mieux faire attention. À vrai dire, si vous êtes si aventureux, et si cela ne vous dérange pas d'être bloqué en enfer pendant un temps infini, alors vous êtes libre de faire tout ce que vos émotions vous dictent.

Mon conseil régulier est ceci : s'entourer de personnes vertueuses est très important parce que, de nos jours, les gens écoutent et suivent davantage leurs amis que leurs gourous, leurs parents et leur propre intuition. Dans ce mois de Saga Dawa, je prie afin que vous fassiez tous de nombreux amis vertueux et deveniez des amis vertueux pour autrui.

AIMER NOS PARENTS

  Le 13 mai 2012

La clé USB de notre cœur ou notre esprit est parfois très particulière : elle sauvegarde des informations inutiles et met des informations importantes dans la corbeille. Comme je le dis toujours à mes étudiants et à mes amis, ne gardez pas des choses inutiles avec vous car votre vie courte est votre capacité mémoire, au moins pour cette vie. Utilisez-la pour sauvegarder des choses positives, des choses qui pourront faire évoluer positivement votre for intérieur, et non des choses qui conduisent vos émotions vers des hauts et des bas. Nous ne voulons pas gâcher notre temps limité à être émotionnels, qu'il s'agisse de l'excitation ou de la colère. C'est du gaspillage de notre énergie et notre temps. Maintenons toujours l'équilibre. Si nous sommes conscients que nous sommes actuellement surexcités, nous devons nous ramener plus bas. Quand nous ressentons la colère, nous devons nous calmer. Si nous nous sentons déprimés, nous devons nous remonter le moral. En maintenant un état d'esprit attentif à la vie présente, nous serons toujours sur le chemin du milieu. Nous ne deviendrons sûrement pas fous. Rien dans le monde externe ne nous poussera vers des hauts et des bas. La vie sera naturellement merveilleuse.

Il est donc très important d'élever nos enfants sans les encourager à être émotionnels, et sans nourrir leur ego. Chaque fois que je pense à tous les problèmes que les enfants et les adolescents causent à leurs parents, leurs familles, leurs écoles et leurs communautés, entre autres, j'ai toujours le sentiment que c'est d'abord les parents que l'on devrait montrer du doigt. Les enfants sont importants parce qu'ils sont notre avenir, mais plus important est leurs parents. Les parents devraient prendre soin de leurs enfants avec bienveillance, comme un jardinier bon et responsable prendrait soin de ses fleurs.

Parfois, même si en tant que parents vous pourriez avoir envie de gâter vos enfants avec plein de choses différentes, vous devriez prendre du recul et penser aux conséquences. De nos jours, malheureusement beaucoup de parents voient leurs enfants comme des objets à exhiber devant les autres. À terme, beaucoup de ces enfants vont grandir en ayant maints problèmes d'ego. Les parents ont de nombreuses responsabilités. En dehors de gagner leur vie, ils doivent y mettre tous leurs efforts et leur cœur afin de s'assurer que leurs enfants grandissent correctement. S'occuper des enfants n'est vraiment pas le travail de vos domestiques.

Quand j'étais petit, on m'a amené à mon monastère. Au contraire de beaucoup parmi vous, en raison de qui je suis, je n'ai pas eu l'opportunité précieuse d'être élevé par ma mère. En outre, ma mère était très occupée à se déplacer avec mon père qui avait une activité spirituelle très active et réussie. À chaque fois que ma mère avait la possibilité de passer du temps avec moi, elle a toujours montré le bon exemple. Elle ne faisait pas beaucoup de remarques ; elle enseignait à travers ses actions. J'ai remarqué que de nos jours, les parents grondent trop souvent. Les enfants se lassent d'entendre leurs parents les sermonner et vont plutôt ailleurs chercher de l'attention. Au lieu de les gronder, les parents devraient être compréhensifs ainsi que de bons exemples. Si les parents sont toujours agressifs et plein d'émotions, inconsciemment leurs enfants adopteront le même comportement. Plus tard, quand l'enfant devient source de mal de crâne, les parents chercheront peut-être à blâmer l'école, la société, les domestiques, tout le monde. Les parents doivent toujours être attentifs parce que les enfants adoptent les habitudes de leurs propres parents, sans qu'ils se rendent compte.

En tant qu'enfants, nous devons constamment nous rappeler combien nos parents sont gentils avec nous. Est-ce que vous vous souvenez encore de qui vous a pris dans ses bras quand vous aviez faim, quand vous êtes tombé, quand vous vous êtes fait mal ? L'amour des parents pour leurs enfants est inconditionnel. Parfois ils l'expriment de façon très étrange, mais la plupart du temps nous sommes toujours en train de grandir dans l'amour et la bienveillance de nos parents. Bien sûr, il existe des parents qui sont irresponsables et abusifs. Mais la majorité des parents sont très gentils et bienveillants envers leurs enfants. Que cette gentillesse soit intelligente ou sage n'est pas la question. Il s'agit de savoir que nos parents nous aiment sans conditions tandis que la plupart d'entre nous, quand nous sommes en position d'enfant, aiment nos parents avec tout une série de conditions.

Au fur et à mesure que nous vieillissons chaque jour, nous devons nous rappeler que nos parents aussi ne sont pas en train de rajeunir. Notre temps avec eux est limité et donc à chaque fois nous avons un peu de temps pour le passer avec eux, de les rendre heureux, de les faire rire, nous devrions en profiter. Il n'y a pas plus grand mérite que de repayer la gentillesse de nos parents, notamment celle de nos mères. Dans toutes nos prières, nous disons, « tous les êtres sensibles, nos mères ». Dans nos nombreuses vies passées, beaucoup d'êtres différents ont été nos mères. Dans cette vie, certaines deviennent nos amis, nos animaux de compagnie, nos partenaires en affaires, et même nos ennemis. Quand vous réfléchissez profondément, si vous arrivez à vous souvenir à quel point votre mère avait été gentille avec vous dans cette vie, chacune de vos mères dans vos vies passées avaient été aussi gentilles. Quand vous pouvez avoir ce genre de pensée et de compréhension, alors il n'est pas possible que vous puissiez faire du mal à quelqu'un. Il n'y a aucun moyen pour que vous puissiez envisager de manger la chaire d'autres êtres. Il vous est impossible d'envisager d'abuser un quelconque être, parce qu'ils sont « les êtres sensibles, nos mères ».

Aujourd'hui, c'est la fête des mères (ndlr : internationale). Je sais que beaucoup de mes amis et étudiants apportent des attentions et du respect particuliers à leurs mères en ce jour. C'est pourquoi toutes les publicités à la télévision et tous les panneaux d'affichage nous encouragent à acheter quelque chose pour nos mères. C'est un leurre commercial. Ce que nous devons faire est de faire de chaque jour la fête des mères, et de continuer à nous rappeler que tous les êtres ont été, dans une vie ou une autre, nos mères. Pensez à la bienveillance d'une mère, appréciez l'amour et la gentillesse de toutes nos mères de toutes les vies différentes. Ceci est la pratique de la spiritualité et celle du Bodhisattva. Bonne fête des mères… tous les jours !

Pratiquer ce que nous enseignons

le 24 avril 2012

À ce stade, beaucoup d'entre vous, mes amis et étudiants, devez être habitués à mon style débridé, à ma façon horriblement spontanée d'écrire et de faire les choses. Je suppose que je ne suis pas très doué pour faire semblant d'être ce que je ne suis pas. J'ai entendu que de nombreuses personnes trouvent très difficile de suivre mon style et mon enseignement, et donc par rapport à beaucoup de gourous, j'ai comparativement moins d'adeptes et suis moins populaire, ou plutôt peu populaire. Que je sois populaire ou non, cela m'est égal. J'espère au moins être en train d'aider quelques êtres.

En tout cas, je sais que je ne suis pas un grand être ; je ne fais que vagabonder dans le samsara en faisant de mon mieux, de me conduire en bon être humain, de travailler très dur pour préserver et protéger notre lignée de yogis en voie de disparition. Parfois, je me demande : ne sommes-nous pas devenus trop purs et trop naïfs, au point où cela ne nous importe pas de perdre nos héritages ? Je ne sais pas quoi répondre car c’est une histoire triste de quelques centaines années : Nous avons perdu des montagnes de trésors, si je puis dire, et pourtant bon nombre de mes collègues, et moi aussi, sommes totalement dans le flou quand il s'agit de savoir ce que nous devrions faire. Les gens se servent de notre Lignée : pas de problème ! En fait non, c'est un grand problème. C'est dommage que nous soyons dans un monde déséquilibré qui encourage le matérialisme plus que la spiritualité et c'est difficile de rester pur.

Vous devez vous demander qui est sur la photo que j'ai postée. Je n'ai pas vraiment rencontré cette personne. Mon père et moi parlions beaucoup de lui aujourd'hui. Si vous lisez mes messages, vous devez savoir à ce stade que je dis toujours que nous devons montrer le bon exemple aux autres. En montrant le bon exemple, nous devenons des amis vertueux pour autrui.

Voici donc Khenchen Tsultrim Lodrö, un moine honnête, un pratiquant sincère, un Maître véritable et un adepte authentique du Bouddhadharma. Je félicite ses étudiants et adeptes d'avoir trouvé ce Maître authentique.
Il est un étudiant de Sa Sainteté Khenchen Jigmé Phuntsok, un très bon ami de mon père qui tristement a trépassé il y a quelques années. De grands maîtres comme Sa Sainteté Khenchen Jigmé Phuntsok devraient vivre 100 ans. Malheureusement, il est parti à l'âge de 70. Il avait le même âge que mon père, et ses activités étaient très similaires aux miennes, mais je ne suis pas aussi remarquable que lui. Je me sens très à l'aise pour parler de lui. Son pilier principal est Khenchen Tsultrim, que j'admire beaucoup.

Les jeunes enseignants spirituels devraient diriger leur énergie vers l'aide active aux êtres. La façon dont Khenchen Tsultrim encourage les autres de ne pas tuer inspire les moines. Il leur enseigne de sortir travailler pour les autres plutôt que de passer des années en retraite et attraper une indigestion spirituelle. Plus important : la façon dont il demande à tous les moines d'être purs plutôt que de faire des drames est une choses que j'admire vraiment. Je suis très fier de lui. De cette manière il est encore jeune et actif. Je prierai toujours pour sa longue vie pour le bien de tous les êtres.

Quelle que soit la croyance spirituelle, nous avons besoin d'enseignants spirituels bienveillants qui pratiquent ce qu'ils prêchent. De nos jours, nous avons très peu de tels exemples authentiques. La plupart des « chefs », qu'ils s'occupent d'activités spirituelles, politiques ou commerciales, ne sont ni authentiques ni sincères dans leurs rôles. Un enseignant spirituel, cela veut dire quelqu'un qui tient le flambeau et montre le chemin. Mais si l'enseignant est perdu lui-même (ou elle-même), ou ne connait pas le chemin, comment peut-il ou elle vous le montrer ?

Cela m'intéresse aussi de vous parler des réincarnations, des grands souvenirs du passé. Si quelqu'un est une grande réincarnation en nom, alors cette personne devrait être digne de ce nom, se lever de son coussin pour faire toutes les activités physiques possible. Il faut être un chef en action. Nous ne pouvons demander aux autres de faire le bien pendant que nous restons là à les regarder.

Je ne supporte pas d'entendre des plaintes et des scandales au sujet de maîtres spirituels impliqués dans n'importe quelle sorte d'activité non vertueuse, nuisant aux êtres. Je ressens une grande souffrance parce que la spiritualité, elle, est pure. Elle doit être protégée avec un grand sens des responsabilités.

Pour des gens comme moi, par exemple, pourquoi portons nous les vêtements que nous portons ? Il y a une raison : Ce n'est pas très pratique de porter ces vêtements, et ce n'est certainement pas très à la mode. Mais il y a un message et un symbole. Ainsi, quiconque se trouvant à notre place doit s’inspirer à travers cet exemple.

Il y a certaines personnes qui souvent n'aiment pas ce que je dis. Cela ne me dérange pas. Je fais tout, toutes les activités (autant que possible) en accord avec ce que nous montre la Vérité universelle. Parfois je réussis, et parfois non. Mais je ne veux pas induire les autres en erreur. Le faire engendre du très mauvais karma.

Pour des raisons égoïstes, la plupart des gens se donnent à fond pour mentir au sujet des autres et créer d'énormes histoires, et pour pas grand-chose. En tant qu'adeptes authentiques du Bouddhadharma ou de la Vérité universelle, nous ne devrions pas nous laisser piéger par notre ego.

L'ego veut que nous échouions sur notre chemin spirituel. L'ego nous fait faire des bêtises, dire n'importe quoi et penser des choses insensées. Nous voulons être heureux. Nous voulons que les autres nous respectent. Nous voulons ceci et cela, mais nous faisons tout ce qui finit par chasser le bonheur, les bons amis, la réussite, la paix, l'harmonie, le bon karma, le grand mérite. Tout disparaît, une chose après l'autre, à cause de notre ego autolâtre et, si je puis dire, notre motivation impure, même si nous avons fait un excellent travail ou un acte très vertueux.

Que nous soyons des gourous spirituels, des pratiquants spirituels, ou simplement des êtres communs, faisons de notre mieux d'arrêter de penser, de faire et de dire des choses dénuées de sens.

Nous n'avons que 24 heures dans une journée. C'est une occasion en or pour que nous fassions des choses positives, développions des pensées positives et disions des choses positives. Si vous faites le contraire, ne pensez jamais par exemple que personne ne l'apprendra. Au minimum, votre karma vous rattrapera. N’attendez rien de quiconque qui reçoit du mal de vous ou à qui vous avez cherché à nuire, et qui n’a pas à vous retransmettre quelque chose en retour : Vous resterez seul votre propre ennemi, tout comme vous pouvez être aussi votre propre ami.

Je suis donc très heureux de pouvoir vous montrer seulement ici un véritable Maître humain, en vie, qui fait un excellent travail en inspirant tout le monde, et moi en particulier.

J'espère le rencontrer un jour et établir une formidable connexion qui vient entièrement du cœur. Merci Khenchen Tsultrim. Vous êtes merveilleux !

Texte Original

 

VOIR LES LETTRES ARCHIVEES

Etes-vous une « noix dingue » ?

le 14 avril 2012

La communauté, la société et le monde en général sont faits de différentes sortes d'êtres vivants. Que cela nous plaise ou non, nous devons coexister les uns avec les autres. En fait, si nous avions l'occasion de préparer un questionnaire et de demander à tout le monde « Qu'est-ce qui vous rend heureux ? », je pense, bien que je puisse me tromper, que la plupart des gens voudraient quelque espace paisible où respirer et dormir sans anxiété.

J'aimerais remercier l'organisation de Gourou Sangamam de m'avoir invité à une rencontre spirituelle très intéressante qui a eu lieu il y a quelques jours. Il s'agissait d'une rencontre haut en couleurs qui a réuni des gourous de l'hindouisme, du jainisme, du sikhisme et du bouddhisme. Tout le monde semblait s'intéresser les uns aux autres et voulait savoir quelle est la véritable information qui sous-tend chaque religion et chaque secte. Quoi qu'il y ait été discuté ou dit, c'est assez certain que tout le monde souhaitait l'unité et l'harmonie. Bien que certains moyens habiles se trouvant dans la coquille de la compassion et de l'amour aient pu manquer dans le passé, grâce à davantage de communication, il y aura sûrement une solution pour se soutenir mutuellement.

Sans activer ou cultiver la compassion et l'amour, nous vivons dans notre propre coquille, un donjon, sans vraiment savoir ce qui arrive aux autres et dans le monde qui nous entoure. La plupart d'entre nous nous contentons de vivre dans un monde que nous avons conçu nous-mêmes, sans grand égard aux autres. Nous vivons dans notre propre monde imaginaire. Et puis comme cela nous devenons vraiment dingues (nous devenons des noix/dingues dans le jeu de mots de la version anglaise), parce que s'il nous manque une relation interdépendante avec autrui, nous ne pouvons cultiver la compassion et l'amour. À terme, nous deviendrons donc fous car nous voulons que le monde tourne autour de nous. Pour vivre confortablement, dans la paix et le bonheur dans ce monde, nous devons interagir avec d'autres êtres, avec la nature. Notre bonheur futur dépend des autres, et leur bonheur présent de nous-même aussi. Nous devons sortir de notre coquille et avancer sur le chemin. Tant que vous ne l'avez pas fait, vous n'êtes qu'une noix (dingue) emprisonnée dans une coquille.

J'ose rappeler ici ce que mon ami Sadhguru a dit, « Si vous ne sortez pas de votre coquille, vous n'êtes qu'un écrou, une noix (dingue). » C'est particulièrement vrai et très facile à comprendre.

De même que nous sommes très différents des autres croyances spirituelles ou sectes, nous avons besoin d'une tribune riche en réflexion qui nous permettra d'être compris et aussi d'avoir l'occasion de connaître les autres. Sinon, chaque fois que nous entendons parler d'une certaine religion, parce que nous n'avons pas  l'opportunité de comprendre, nous avons pratiquement toujours des idées très fausses. Alors nous devrions tous sortir de nos coquilles et ne pas être des noix dingues.

Par exemple, dans les photos vous voyez de gourous qui portent des masques et sont sans chaussures : C'est en raison de la pratique de compassion, dans le jainisme. Ils ne veulent pas même respirer un quelconque être vivant ou que leurs chaussures blessent d'autres êtres, alors ils portent des masques et marchent pied-nu.


J'aime particulièrement une des choses qui a été dit pendant la rencontre, « l'unité dans la diversité ». C'est exactement ce que j'essaie de dire depuis un certain temps : faire preuve de respect et d'appréciation. Respecter nos différences et apprécier notre relation harmonieuse. C'est de cette façon que notre vie et le monde peuvent être paisibles. Nous n'avons pas besoin de chercher une terre pure ailleurs. Si nous sommes capables de respecter et d'apprécier, je pense que nous sommes déjà à l'entrée d'une terre pure ou d'un paradis sur terre.

Je sais que la vie est plein de difficultés et de surprises. C'est pourquoi nous disons toujours que la vie (ou le samsara) sont impermanents. Cependant, soit vous pouvez maugréer contre la situation impermanente et continuer à vous plaindre au sujet de tout ce qui ne se déroule pas selon vos souhaits, soit vous pouvez saisir cette occasion comme une opportunité pour pratiquer à vous élargir. Respecter l'impermanence, et aussi l'apprécier, cela rend facilement votre vie non seulement supportable, mais aussi agréable.

Les gens qui souffrent beaucoup sont surtout ceux qui ont trop de saisi. Réfléchissez : comment est-ce possible que tout dans ce monde puisse se dérouler selon votre souhait égoïste ? Même si Dieu ou Bouddha se trouvaient  devant vous, ils ne pourraint pas vous promettre que tous vos souhaits se réalisent selon votre ego. Si c'était "oui" ? Je n'y crois pas. Dans nos prières, nous prions seulement que nos souhaits se réalisent en accord avec le Dharma, non avec notre ego.

Nous ne pouvons changer les autres ou essayer de les améliorer. Le mieux que l'on puisse faire est de nous changer nous-mêmes, ou de nous améliorer. C'est à ce moment-là que nous cassons véritablement la coquille et cessons d'être un écrou. Sinon, la plupart du temps nous sommes toujours en train d'essayer de changer les autres, de vouloir que les autres agissent selon nos désirs. Mais nous ne pensons jamais à leurs souhaits et à leur situation propre. Il n'y a aucune circulation à double sens : que du sens unique. En agissant ainsi, nous cherchons des ennuis parce que le manque de compréhension continue à se produire, les amis deviennent des ennemis et la situation ne cesse de s'empirer. C'est en fait très enfantin. Si vous continuez à forcer les autres à faire tout ce que vous voulez, non seulement vous êtes la "noix dingue" emprisonnée dans sa coquille, mais en plus un jour vous devenez réellement fou, parce que le monde ne se changera jamais selon votre goût, et les gens ne seront pas toujours d'accord avec ce que vous souhaitez. Chaque minute, vous deviendrez tellement malheureux, tellement en colère et tellement plein d'émotions négatives. Un jour, si vous ne vous arrêtez pas à temps, vous deviendrez malade physiquement, voire même mentalement.

Bien que la rencontre avec Gourou Sangamam n'ait duré qu'un jour, j'étais très heureux d'accepter cette invitation et d'y prendre part. Tous les gourous qui ont partagé leurs commentaires et leurs idées consacrent réellement beaucoup d'efforts à leurs activités en essayant d'aider autrui. Je prie du fond du cœur que leurs activités continuent à aider de nombreux êtres supplémentaires, et qu'il y ait beaucoup d'autres dialogues interactifs à l'avenir pour que nous puissions tous mieux nous connaître afin de pouvoir tous progresser dans la diversité et l'unité.

Un test spirituel

le 29 mars 2012

La joie d’être un gourou est que quand il ou elle donne un test, les étudiants ou disciples le passent. Cela n’a pas d’importance qu’ils soient reçus avec mention ou non. Le plus important est au moins de voir quelque progrès positif et de l’amélioration. Le travail d’un gourou est de guider, surtout des gourous comme nous qui avons la responsabilité très lourde de guider en utilisant nos compétences, notre expérience et notre entraînement. S’il n’y a personne pour suivre nos conseils, alors cela veut dire que nous n’avons pas de travail. Un gourou qui n’a pas de travail ici ferait mieux de chercher un travail ailleurs. C’est pourquoi chaque fois je vois une amélioration chez mes étudiants et disciples, une amélioration authentique et non superficielle, la joie que j’éprouve est indescriptible. Cela me réjouit vraiment.

Evidemment si je n'étais pas un gourou responsable, je ne m'inquiéterais pas de comment mes étudiants et mes disciples ou même mes amis vivent leur vie. S'ils m'apportent une aide, qu'elle soit matérielle ou sur le plan du travail, alors je me sens à l'aise, je vis bien, soutenu d'une façon si formidable que je n'ai même pas besoin de travailler ; je deviens comme une sangsue qui vit aux dépens de quelqu'un et je suis la seule personne qui bénéficie de cette relation « dévotionnelle ». Pour moi, ceci est un non-sens. Je ne pense pas être ce genre de gourou, en tout cas je l'espère. C'est mon choix personnel d'être gourou, ami spirituel ou guide, et ce depuis des éons – si vous voulez que j'en parle ainsi, bien que dans cette période moderne, cela n'ait pas beaucoup de sens. « Un gourou » n'est plus respecté en tant que « gourou », car il y a de nombreux gourous qui ne fonctionnent pas comme des gourous ; ou peut-être ils n'ont pas la chance de pouvoir fonctionner comme des gourous car ces gourous doivent vraiment plaire à leurs étudiants et disciples parce que, sans leur soutien matériel, les gourous ne peuvent survivre en ce monde. Certaines personnes qui n'ont peut-être pas les qualifications d'un guide spirituel deviennent des « gourous » très célèbres grâce à leur talent de communication dans le monde matériel ; j'espère qu'ils conduisent leurs étudiants et adeptes dans la bonne direction, autrement c'est accumuler un très fort karma négatif. Comme le dit toujours mon fils, Khamtrul Rinpoché, de nos jours les gens pratiquent « la dévotion au disciple » et non « la dévotion au gourou » ; les gourous doivent être dévoués aux disciples ou aux étudiants, autrement les gourous n'auront pas d'étudiants et donc pas de travail. C'est une situation vraiment pathétique.

Laissez-moi vous donner un exemple très intéressant. Si on met quelques très belles paroles de sagesse sur Facebook, il y a très peu de « j'aime » – peut-être que les gens jettent un coup d'œil et puis ils s'en vont – mais si on met des nouvelles fort controversées ou bien des informations « épicées », alors là beaucoup de gens cliquent sur « j'aime ». Une des mes amies qui est une grande célébrité en Occident m'a dit que quand elle postait une information idiote comme « j'ai très faim », des millions de fans aiment cette phrase et elle-même ne comprend pas pourquoi. Elle a expérimenté avec différentes sortes de messages et elle a découvert que ce sont les messages idiots qui attirent le plus l'attention. La seule chose que je peux dire c'est que ce monde est vraiment en train de devenir superficiel et fou. Nous devons faire attention ; c'est là que le Mara et les émotions perturbatrices aiment nous voir piégés – superficiels, paresseux, fous, dénués de sagesse, toujours en colère, toujours en pleurs, toujours contrariés.

Revenons-en à l'affaire du « gourou ». Une rencontre avec mon disciple de longue date vient de se terminer, et nous avons passé un très bon moment à discuter de choses et d'autres. Nombre de mes amis, de mes étudiants ou de mes fans connaissent l'histoire de mon bien-aimé Sèngué d'Allemagne. Nous avons parlé de la vie en Inde, dans l'Himalaya, au Ladakh, au Népal et dans différents endroits reculés. Je lui ai demandé s'il aimait ou non les endroits sales de l'Inde. Il m'a dit que chaque fois qu'il vient en Inde, il a tellement du bon temps, la nourriture est excellente, que la saleté n'est pas un problème. Il trouve ça drôle d'aller au marché, de prendre un thé au milieu d'une rue très fréquentée et défoncée, et il aime aussi parler avec les gens dans la rue. Nous, les Indiens, avons une façon unique de parler anglais et nous inventons des mots nouveaux qu'on ne peut trouver dans aucun dictionnaire anglais. Sènguéla partage toujours avec moi les nouvelles prononciations de l'anglais ou les nouvelles tournures de « Hinglish » qu'il apprend avec les Indiens. Je lui ai posé des questions sur sa vie chez lui, en Allemagne. Il m'a dit que la pente qui mène chez lui est très raide et que sa nouvelle voiture italienne n'est pas assez puissante pour grimper la côte ; aussi chaque fois qu'il approche de chez lui, il appelle sa fille Tara pour qu'elle descende la pente et vienne l'aider à pousser la voiture. Ça le fait rire. Je lui avais confié la responsabilité du travail de restructuration du musée de Hémis ; il revient juste du Ladakh et il y neigeait et faisait -20°C. Je lui ai demandé s'il y avait souffert. Il a dit : « Non, Yishin Norbou, j'ai passé tant de bons moments. La nourriture était fantastique. Même s'il faisait un peu froid, le paysage était magnifique. Parfois le responsable du monastère de Hémis venait avec un peu de fromage de yack et on mangeait de la tsampa ensemble. J'avais apporté d'Allemagne des tablettes de chocolat pour m'accorder un petit plaisir de temps en temps, mais j'ai dû me forcer pour manger une tablette de chocolat car il n'y avait pas besoin de compter sur le chocolat allemand pour s'octroyer un petit plaisir ; être au Ladakh était un plaisir ! Merci, Yishin Norbou, de m'avoir envoyé au Ladakh travailler sur le musée. » En fait, c'était la première fois que j'entendais parler de « fromage de yack ». Je n'ai jamais entendu dire que le yack a du fromage, ha-ha-ha !

Ceci est le grand moment de ma vie. J'ai le sentiment que mon travail de gourou a été bien fait. Sènguéla m'a rencontré pour la première fois quand nous étions tous les deux très jeunes ; il avait en fait un ou deux ans de plus que moi. Pendant plus de 25 ans, j'ai fait de mon mieux pour travailler sur lui, et j'ai maintenant le sentiment d'avoir fait du bon travail. Je suis aussi très heureux que Zangmola suive sa trace, bien qu'elle ne soit une de mes étudiantes que depuis quelques années. Pour ce qui est l'âge, elle est aussi plus vieille que moi. Pourquoi est-ce que je soulève la question de l'âge ? Parce que, pendant une conversation avec mon assistant personnel, Lobsang, nous avons évoqué un incident il y a des années : quelqu'un lui avait objecté qu'il était impossible que Naropa soit né en 1016, parce que si Naropa était né en 1016, Marpa n'avait pas pu être son disciple puisque Marpa était sensé être né en 1012 – voulant dire que Marpa était plus vieux que Naropa et que donc il ne pouvait pas être le disciple de Naropa. La logique selon laquelle un gourou ne peut pas être plus jeune que ses disciples est tout à fait intéressante ; peut-être que ça marche de nos jours dans les écoles car les professeurs doivent étudier pendant des années, puis être diplômés de l'université avant de pouvoir enseigner aux petits enfants des écoles. L'éveil spirituel ou la compréhension ne se mesure pas aux nombres d'années de pratique formelle ; il ne s'agit pas non plus de combien de temps on a été un pratiquant ou de combien on a pratiqué. Il s'agit de combien vous vous êtes transformé et combien vous avez transformé votre esprit dans une direction positive. Enfin, cette question de « l'âge » m'a rappelé la conversation que nous avions eue il y a quelques jours.

J'ai tellement l'habitude d'entendre les gens se plaindre de ceci ou de cela, de cette personne ou de celle-là, de leur vie, surtout quand ils viennent dans ma terre natale, l'Inde – ils n'arrêtent pas de se plaindre de l'Inde et des Indiens. Ça m'agace vraiment. Ils disent : « Delhi est si dégoûtant, l'Inde est si sale, la pollution me ruine la santé. Les Indiens sont si mauvais, ils sont si foncés, si sales. Ils sont si pauvres. Ils sont si mal polis. » Rien de bon sur l'Inde, et pourtant ils me choisissent comme gourou. Je suis indien, ne comprennent-ils pas ? Le Bouddha aussi était indien. Naropa était indien. Tilopa était indien. Non seulement ils se plaignent de l'Inde, mais ils méprisent l'Inde et les Indiens. Chez eux, ils se plaignent aussi de leur partenaire, de leur pays, de leur jet privé, de leur voiture, de leurs chaussures. Ouah ! Je suis vraiment désolé pour eux parce qu'ils doivent être vraiment malheureux et tourmentés. Pas étonnant que, quand je suis allé à Oxford il y a une quinzaine de jours, on m'ait dit que la dépression était maintenant un gros problème en Occident ou plutôt dans le monde moderne.

J'ai récemment rencontré un ami qui est un soutien très généreux de notre lignée et de moi-même en particulier. Il me disait que chaque fois qu'il rentrait dans un temple, il se sentait très heureux. Alors il faut qu'il construise un temple à côté de sa grande maison, sinon il ne peut trouver ni le bonheur ni la paix. Il serait perdu et déprimé. Il ne peut pas dormir si le temple n'est pas là. Certains peuvent dire qu'il est très spirituel ; je pense que ce n'est pas vrai. C'est la même chose que de compter sur une sortie en discothèque, sur la consommation d'alcool, sur les commérages avec les amis pour vous rendre heureux, pour vous valoriser. Au lieu de la discothèque, il y a un temple, mais c'est la même chose. Cela signifie que votre force spirituelle est très faible.

Nous sommes tous dotés de spiritualité, c'est pourquoi nous sommes des « êtres vivants » ; « être » signifie que nous avons tous cette qualité de spiritualité, autrement nous serions des « avoirs vivants » ou des « vouloirs vivants » si nous n'avons que la qualité matérielle. Les gourous (par là, je veux dire les gourous authentiques et sincères qui ont la motivation d'aider de façon inconditionnelle), les gourous sont là pour montrer le chemin pour qu'on redécouvre notre propre trésor primordial de spiritualité. Certains ont pu révéler leur propre trésor, ce qui est comme trouver un don égaré ou caché. Nous avons tous ce don mais nous ne nous en rendons pas compte ; aussi, jour et nuit, nous sommes comme des fous qui cherchent ce don à l'extérieur. Ce don est à l'intérieur de nous, nous sommes nés avec. Je voudrais dire à mon ami – qui a maintenant construit un temple à côté de son énorme maison – que c'est bien meilleur marché de construire le temple dans son esprit ou dans son cœur ; avec l'effort enthousiaste et la diligence, ce temple sera joliment construit. L'autre façon de regarder est de voir que ce temple de joie et de bonheur est déjà dans votre cœur, recouvert de beaucoup de non-sens, de broussailles, d'arbres et de voiles, ce qui fait que vous ne le trouverez pas. Pour parler en termes modernes, n'allez pas à la discothèque extérieure, trouvez la discothèque dans votre cœur – premièrement, c'est plus sûr, deuxièmement, c'est gratuit.

Regardez Sènguéla et regardez Zangmola. Ils peuvent avoir du bon temps où qu'ils se trouvent et avec qui que ce soit. Ils apprécient l'air poussiéreux et les endroits sales, et ils apprécient aussi le confort luxueux d'un 5 étoiles. Ils ont du bon temps où qu'ils se trouvent et avec quiconque ils se trouvent. Parce qu'ils sont toujours positifs, ils sont heureux, et donc ils sont capables de rendre les autres heureux et de les aider. Ils s'élèvent au-dessus de toutes les projections négatives et, en redécouvrant le don primordial, ils possèdent maintenant le moyen spécial d'apprécier la vie où qu'ils soient et avec qui que ce soit. Ainsi quand ils disent qu'ils sont prêts à aider la lignée, qu'ils sont prêts à m'aider, j'accepte pleinement leur offre parce qu'ils sont vraiment prêts. Ils ne vont pas me donner de maux de tête par la suite, c'est certain ! Je devrais aussi dire qu'en tant que maître, je me sens très fier d'eux. D'une certaine façon, cela me montre que j'ai fait du bon travail. Je ne dis pas qu'ils sont devenus Bouddha et ne font pas d'erreurs. Ils vont continuer à faire des erreurs car ce sont des êtres humains qui vivent dans le samsara. Mais ils auront plus de chance de s'améliorer grâce à l'ouverture et à d'avantage d'espace, ce qui leur permet de recevoir les bénédictions ou les instructions.

Cela ne peut jamais être pire que de voir mes propres étudiants ne pas progresser et se plaindre. Ils se plaignent essentiellement de choses sans importance dont la cause est leur propre ignorance et leur manque de compréhension. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas intelligents, mais parce que leur gros et gras ego surdimensionné refuse de s'ouvrir pour leur permettre de s'ouvrir eux-mêmes. Se plaindre vient principalement d'un manque total de sens de la tolérance. Ils veulent que tout le monde soit dans leur boîte. Parfois ils veulent que moi aussi je sois dans leur boîte. De toute évidence, ils ne peuvent pas avoir un sentiment de tolérance car ils ne savent pas choisir ce qu'il y a de positif chez les gens et dans ce qui les entoure. Voilà le domaine dans lequel ils ont besoin de travailler dur pour progresser.

Certains de mes amis et étudiants souffrent d'indigestion spirituelle. Ils sont tellement savants qu'ils ne peuvent écouter personne, ils ne peuvent accepter personne. Tout les contrarie. Même s'ils font une très bonne pratique formelle, comme terminer 20 séries de Ngöndro, des années de retraite, des années de récitation de mantras, si ce type de pratique qui implique un dur travail n'améliore pas leur tolérance et leur compréhension, mais au contraire augmente leur ego et leur incompréhension, voilà ce que j'appelle une indigestion spirituelle. Vous devez toujours vous surveiller. Êtes-vous devenu meilleur ou pire après votre pratique des ngöndro, après votre retraite ou après votre récitation de mantras ? Superficiellement vous pouvez agir comme si vous étiez meilleur, mais quand vient le vrai test, vous échouerez parce que la pratique spirituelle n'a pas transformé votre esprit. Mais l'aspect positif est que si vous êtes conscient que vous avez échoué, alors en tant que bon pratiquant spirituel authentique, vous allez vous ressaisir et essayer à nouveau comme un bulldozer. Ensuite, vérifiez encore si vous faites mieux. Si vous vous plaignez moins, si de plus en plus vous voyez toutes les circonstances positives et négatives, les amis et les ennemis, ce qu'on aime et ce qu'on n'aime pas sous un jour plus positif, en développant ceci dans votre esprit, si vous devenez réellement plus tolérant et plus compréhensif, ceci veut dire que vous progressez ; autrement, retournez travailler sur vous-même. La pire espèce de prétendus pratiquants est ceux qui n'admettent jamais qu'ils sont dans l'erreur. Tout ce qu'ils font et toutes les personnes qu'ils rencontrent, rien n'ira dans une direction positive, même s'ils commencent avec la motivation désintéressée d'aider, cela ira dans la direction difficile à moins qu'ils n'amènent la spiritualité dans leur cœur. Rien ne marche s'ils ne changent pas et ne progressent pas. L'histoire va continuer de se répéter encore et encore, et un jour ils vont faire une dépression et tomber dans un déni de soi, car après avoir détesté tous les gens de la terre, il ne reste plus qu'eux-mêmes à détester et de qui se plaindre. Les gens en deviennent fous. Une indigestion spirituelle peut vous rendre fou.

Chaque fois que je donne du travail à faire, c'est aussi un test. Repasser le test ou non après un, deux ou trois échecs, cela dépend complètement du souhait de chacun – à savoir s'ils visent vraiment l'éveil ou s'ils cherchent juste quelque chose d'autre. Alors désolé, mais dans notre « école de formation » particulière, nous, comme gourous, n'avons qu'une leçon simple à enseigner qui est d'enseigner à chacun d'entre vous comment redécouvrir votre propre trésor, le trésor dont vous êtes doué. Pour certains, cela prend très longtemps ; pour d'autres, cela peut prendre si peu de temps que quelques heures de conversation vont amener en eux le changement positif. Je suppose que cela dépend du niveau de karma négatif ou positif, ou de l'arrogance ou de l'ego.

Nous devons comprendre que personne dans ce monde ne connaît tout. Nous coexistons tous avec tout le monde dans l'univers, nous coexistons avec la nature et les êtres de la nature, nous ne sommes pas exclus. Arrêtez d'accuser les autres de votre malheur, personne ne peut vous rendre malheureux sinon vous-même. Chacun de nous a un don caché ; allez le redécouvrir et vivez heureux !

Traduction officielle Texte original

 

La vigilance d’esprit sur le trek de la discipline

le 25 mars 2012 http://www.drukpa.fr/fr/2012/20120325_vigilance.html

La vigilance est un sujet très en vue aujourd’hui, ou semble-t-il. Pendant ma récente visite au Royaume-Uni, le sujet de la vigilance revenait encore et encore. La fameuse Université d’Oxford a un département entièrement dédié à la « vigilance d’esprit ». Des études cliniques sont menées afin de démontrer le fait que cette sagesse ancienne est la solution à notre vie chaotique. D’une certaine manière, c’est une grande nouvelle à célébrer, et d’une autre manière, cela nous amène, ou en tout cas m’amène, à penser à ce que nous sommes en train de perdre au nom de la modernisation et du succès matériel.

J'étais ému de rencontrer le Dr Mark Williams qui est responsable du Centre de la vigilance d'esprit à Oxford. Les théories techniques et les études cliniques qu'ils développent et qui démontrent l'efficacité de la vigilance d'esprit sont franchement incroyables. Je suis très heureux d'avoir établi cette connexion. Oxford est vraiment mon lieu préféré. Je me souviens de ma première visite il y a plus de 20 ans. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de ne plus utiliser d'interprète d'anglais quand j'enseignais. Le fait d'être à Oxford m'avait donné tant de confiance que je décidais alors de parler et d'enseigner en anglais, bien que mon anglais fut encore très mauvais.

Mark a dit quelque chose qui avait immédiatement attiré mon attention. Il a dit que la plupart des gens disposent d'une carte, mais n'entreprend pas le voyage. C'est une grande vérité ! Nous disposons de toutes sortes d'informations. En fait, je crois que nous faisons des overdoses d'informations et ne nous ne nous lançons pas pour comprendre ces informations de façon expérientielle. Quel gâchis ! Nous parlons d'être bienveillants envers la nature et notre environnement, mais nous ne faisons pas réellement d'efforts pour nous relier à la nature. Je me demande parfois, si la « Nature » avait une page Facebook pour ses fans, combien de fans elle réunirait, et combien parmi ces derniers se déplaceraient réellement pour aller communiquer avec la « Nature ».

Aimer la nature veut dire aller à sa rencontre pour la comprendre, l'apprécier et apprendre des choses à son sujet. Si nous n'établissons pas cette connexion avec notre cœur, alors tout n'est que spectacle superficiel. J'ai rencontré tant de gens qui parlent d'être des amis de la nature ou répandent des principes écologistes, mais ils ne sortent même pas pour aller comprendre la nature. Comment avoir des amis si vous n'établissez pas de connexion et si vous ne vous rencontrez pas ? Il n'y a pas d'autre solution.

Je suis le genre de personne qui n'aime pas quand les gens parlent de trop, se vantent et fanfaronnent excessivement au sujet de ce qu'ils peuvent faire.

Faites-le, c'est tout. Trop parler, c'est comme quand vous pensez avoir une carte, et quand vous avez une carte sans entreprendre le voyage, sans agir : vous n'accumulez pas d'expérience. La compréhension vient réellement de la connaissance expérientielle.

Ce qui me rend vraiment fier est de voir mes amis et étudiants s'entendre harmonieusement et se soutenir grâce à une bonne communication et une contribution altruiste, véritablement sans attente personnelle. Cela me fait de la peine de voir Carrie et Diana en train de courir partout pour organiser les choses et tout mettre en ordre. J'imagine que ce n'était pas facile, mais avec une compréhension mutuelle et sans tous les bavardages personnels dénués de sens, toutes les parties du puzzle se mettent bien en place et finissent par se transformer en un très beau programme.

La communication est très importante, comme je le dis toujours. À moins que vous ne soyez dépourvu de compétences en communication, que vous manquiez d'assurance ou ayez quelque motivation cachée, vous serez tout à fait prêt à partager des informations quand il s'agit d'un événement public pour le bien de tous les êtres. Si vous ne voulez pas partager ou communiquer avec les autres, alors vérifiez votre motivation. Pourquoi alors est-ce ainsi ? Peut-être vous avez de bonnes raisons, qui sait ? Mais la plupart du temps ce n'est pas le cas. Vous avez surtout des excuses fondées sur la peur, qui à son tour est liée à l'ego et toutes sortes de raisons étranges. La communication est une pratique pour développer des relations harmonieuses au sein de notre groupe de pratiquants spirituels. Quand on communique avec la tête bien sur les épaules et sans émotivité, tout se passe très bien. S'il y a des points de désaccord, mettons les choses sur la table et réglons les questions sans que cela devienne une affaire personnelle. Ainsi, j'étais ravi et encouragé de voir tous mes amis et étudiants se réunir pour soutenir ma visite. Alors félicitations à nous tous ! Mais naturellement, nous pourrons toujours nous améliorer, surtout maintenant que nous nous comprenons tous avec un amour et un soutien authentiques.

La vigilance d'esprit ne peut être pratiquée sans discipline. La discipline est comme une carte dont nous avons besoin. Elle nous aide à rester sur le chemin pour que nous ne nous perdions pas.

La plupart des gens n'ont pas de concentration ; l'esprit est distrait. Quand l'esprit est tiraillé par des distractions, ce n'est pas possible de pratiquer la compassion. Même si nous comprenons ce qu'est la compassion, nous avons encore besoin de la force de la compassion pour exprimer l'amour. Quel rôle joue la discipline pour cultiver la vigilance d'esprit ? Sans la discipline, notre corps, notre parole et notre esprit restent sauvages, et nous ne pourrons assurément pas nous concentrer ou fixer notre attention sur quelque chose. Cela veut dire que la vigilance d'esprit ne sera pas présente. La meilleure façon de cultiver ou de développer la vigilance d'esprit est de le faire à travers la méditation.

Un style de vie écologique a tout à voir avec la compassion. Si nous ne comprenons pas, et au contraire méprenons ces deux aspects comme des éléments distincts ou différents, alors nous pouvons être très malfaisants envers notre environnement et devenir destructeurs, perturbant notre environnement et détériorant la vie de tous les êtres. Beaucoup de personnes pensent que si nous faisons preuve de compassion, alors cela veut dire que nous sommes faibles. C'est totalement faux. La compassion et la force, et l'amour est l'action. C'est nettement plus facile de manquer de compassion et d'être égoïste, et plus facile de manquer de discipline et de laisser nos émotions se déchaîner.

La discipline, la compassion, la méditation, la vigilance d'esprit, toutes ces différentes choses aident à cultiver la force, notamment la force de l'esprit.

Le sport est aussi quelque chose qui nécessite de la discipline, et avec la discipline nous pourrons réussir, même au sport. Je tiens à remercier Lord Morsem de m'avoir invité avec mon entourage au Parc olympique. J'espère qu'un jour, grâce à la pratique du kung fu, certaines de mes nonnes pourront accélérer leur pratique de la discipline et la vigilance d'esprit.

J'ai rencontré beaucoup de gens qui ont lu Everyday Enlightenment (L'éveil au quotidien), et la plupart d'entre eux trouvaient que l'enseignement le plus important du livre était de « ralentir ». J'ai dû les reprendre.

Quand je dis « ralentir », cela ne veut pas dire de ne pas agir ou de s'arrêter. Sinon nous serions morts. En fait, j'aime les activités rapides. J'aimerais que toutes les activités qui sont bénéfiques aux êtres et qui apportent du bonheur à autrui accroissent, fleurissent et accélèrent.

La lenteur dont je parlais dans cet ouvrage est en rapport avec la compréhension intérieure. Tandis que vous avancez rapidement, vous devez encore contempler et rester vigilant. Les gens n'accordent pas du temps pour apprécier les choses, et donc ils sont toujours en train de penser au négatif, par exemple je ne suis pas assez mince, pas assez belle, pas assez riche, pas assez éduquée, pourquoi est-ce que je suis si moche. Toutes les pensées négatives provoquent vos émotions et vous devenez tellement accablés de jalousie, d'avidité ou de colère que vous risquez de perdre la tête ou de faire quelque chose que vous pourriez regretter plus tard. Le pire est que cela peut mener à terme à la dépression. Je pense que quand nous mettons trop l'accent sur nous-mêmes, quand nous sommes trop occupés par nous-mêmes et nos propres intérêts, alors la dépression finit subtilement par s'installer. Le « je » devient tellement grand que nous n'arrivons pas à accepter quoi que ce soit qui ne soit pas en accord avec nos désirs. Qui sommes nous pour demander que les autres suivent nos désirs ? Je connais des gens qui mentent et qui font du mal à d'autres pour réaliser leurs désirs, mais à la longue, ils perdront tout, leurs amis, leurs êtres chers et à terme, ils se perdront eux-mêmes. Si nous sommes vigilants et comprenons que faire du mal à autrui finira par nous faire du mal à nous-mêmes, alors nous devrions être suffisamment intelligents ou sages de ne pas faire des choses qui finiront par nous nuire, à moins que nous ne choisissions d'agir de la sorte.

Si nous choisissons de suivre nos désirs et nos émotions, alors nous sommes en réalité très faibles et méritons de souffrir par la suite.

Une autre chose qui m'a fait très plaisir était de voir que le film sur le Pad Yatra était apprécié par toutes les personnes qui sont venues à la projection. Nous n'avions pas assez de places et l'événement était surbooké. Presque tout le monde est resté ensuite pour me rencontrer et nous féliciter, et ils voulaient pratiquement tous se joindre à nous pour le prochain Pad Yatra.

La vie est difficile de toutes les manières, alors pourquoi l'empirer ? Soyez aimables avec tout le monde et soyez gentils. Lâchez le négatif et embrassez le positive si vous croyez au karma. C'est la bonne façon d'avancer et de vivre votre vie : Je le répète encore, nous avons un souhait ardent d'être heureux, mais nous finissons toujours par chercher le bonheur au mauvais endroit. Apportez un changement positif maintenant, tout de suite. Je pense que la chose la plus difficile est d'admettre qu'on puisse se tromper et qu'on puisse avoir fait une erreur. Mais si vous réfléchissez assez sérieusement et admettez honnêtement que vous avez fait une erreur alors, avec une volonté de changer et de vous améliorer vous progresserez sur le chemin, petit à petit. Un jour, sans même vous en rendre compte, vous serez une personne merveilleuse, gentille, et un bonne humainement.

Ce voyage au Royaume-Uni fut le premier pour mes nonnes. Ainsi c'était la première fois qu'elles faisaient une démonstration de kung fu et exposaient leur pratique devant une audience totalement étrangère. Je suis fier d'elles.

J'apprécie du fond de mon cœur tous mes amis et étudiants qui me soutiennent sans le moindre doute depuis de nombreuses années, m'aidant dans cette tâche extrêmement ardue de promotion de l'égalité des sexes. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire, mais au moins nous commençons à voir quelques résultats positifs. Nos nonnes viennent d'origines totalement différentes par rapport à la plupart d'entre vous. Elles connaissent à peine la modernisation, sont timides et manquent de confiance en elles-mêmes. Je ne dis pas que je suis un grand enseignant ou un grand chef, mais le chemin que j'ai choisi afin de promouvoir l'égalité des sexes et ainsi améliorer la situation des nonnes m'encourage beaucoup à travailler plus dur et à vivre plus longtemps. J'espère qu'elles ne nous décevront pas en termes de responsabilité, de sérieux sur chemin et de diligence dans la pratique, et qu'elles continueront ainsi à avancer...

Le texte original

 

Je suis Seigneur Dernière Minute

le 13 mars 2012

Gate, Gate… tout est Gate, Gate, aller, aller et aller. Le temps passe tellement vite que même quand nous voulons arrêter, nous ne pouvons pas. Tout continue à avancer, avancer et avancer. Parfois quand j'y pense, la vie serait libre de stress pour nous tous si notre pratique, nos affaires, notre travail et nos responsabilités pouvaient avancer automatiquement sans que nous ayons besoin de faire quoi que ce soit. Vous ne pensez pas ? Malheureusement, ce n'est pas possible. Tout ce que nous voulons garder continue à avancer, avancer, avancer très vite, et tout ce que nous voulons éviter n'avance que très lentement. Alors en tout cas, tout est Gate, Gate. Les anglophones instruits ne devraient pas le lire comme « Gate » de « Bill Gates ». C'est prononcé « Gaté » mais écrit « Gate ». Que faire, les anglophones instruits lisent « Gate » comme « Gate », et nous lisons « Gate » comme « Gaté ». Il y a peut-être même des gens qui le lisent comme « Gayti ». Il existe donc plusieurs approches même pour prononcer « Gate ».

Enfin, en parlant de « Gate », certains parmi vous doivent être en train de se dire, « Ah non, ce type doit ENCORE être en train de parler d'impermanence ! » Et oui, tant pis. L'impermanence est là. Ce n'est pas à vous ou à moi de décider. Que faire ? Le problème est que nous sommes d'une manière ou d'une autre Monsieur, Madame ou Mademoiselle « Dernière Minute ». Nous sommes peut-être bons à certaines choses, et dernière minute pour d'autres, notamment quand il s'agit de la pratique spirituelle et des actes vertueux. Je vois beaucoup de mes amis et étudiants remettre à plus tard leur pratique ainsi que leur préparation pour tout programme vertueux, et surtout d'attendre la dernière minute quand il s'agit de planifier et de réaliser les programmes, à tel point que la situation devient tellement stressante que plus rien ne peut être fait. Ou si quelque chose peut être fait, c'est réalisé de façon très chaotique.

Si je sors un miroir et me regarde en cet instant, pendant que je suis en train de préparer mon court voyage à l'étranger à la terre natale de Jetsunma, je suis « Seigneur Dernière Minute ». S'il existe un tel titre, je pense vraiment le mériter. Je suis assez frustré par le fait de ne pas réussir à trouver nombreuses de mes possessions et affaires que je voudrais emporter avec moi. Juste à l'instant, je pensais même blâmer quelqu'un d'autre. Et puis je me suis ressaisi : « N'est-ce pas ma responsabilité d'apporter mes propres affaires, de préparer ma propre valise ? »

Puisque tout est « Gate, Gate », nous devons donc au moins être préparés, à la fin de la journée, de faire face à la réalité de la vie que la plupart d'entre nous refusons d'accepter, ou même de prononcer ou d'écrire. Chaque fois j'ai une célébration d'anniversaire, je ris toujours à moi-même car cela me rappelle que je suis une année plus près du cimetière, et donc qu'est-ce que nous célébrons ? Et puis je me dis aussi, apprécions notre compagnie ici et maintenant parce nous allons tous devoir, un jour ou un autre, aller à notre tombe personnelle, et quand nous nous rencontrons à nouveau dans des corps différents, si cela se fait, nous n'arriverons pas à nous reconnaître à moins d'être omniscients. Alors non seulement notre corps est Gate, Gate, mais la mémoire sera aussi Gate, Gate.

Ne soyez pas comme moi. Vous ne voulez pas être nommé « Seigneur Dernière Minute ». Soyez attentifs à Gate Gate, et laisser passer chaque minute sans regret, laisser chaque moment de votre vie être remplie de joie et d'appréciation, laisser chaque respiration de votre être devenir un rappel extraordinaire de l'impermanence, et avec ce rappel vous ne gâcherez jamais votre vie à errer, et vous ne gâcherez jamais votre énergie à penser, à dire ou à faire des choses dénuées de sens. Ne soyez pas comme moi. Soyez spontanés et bien organisés. Ne soyez pas comme moi, ne soyez pas dernière minute.

Pour conclure, je voudrais remercier ma chère Jetsunma Tenzin Palmo, Kenpo Ngawang Sangpo et toutes les nonnes de Dongyu Gatsal Ling de m'avoir envoyé des souhaits d'anniversaire si merveilleux et inattendus. Je peux voir Jetsunma tenant un bébé dragon, comme si elle tenait un bébé moi. Nous nous connaissons depuis que j'avais deux ans, incroyable non ? Encore, Gate Gate. J'aimerais de tout cœur que nous soyons, quoi que notre connexion, des amis vertueux les uns pour les autres, afin que nous puissions aller Gate Gate ensemble et atteindre l'éveil ensemble.

Et enfin pour conclure cette conclusion, merci à tous mes amis et étudiants pour le superbe anniversaire que vous avez offert à Thuksey Rinpoché et à moi. Bien que les anniversaires ne soient pas mes moments préférés, puisque je les comprends et les apprécie en tant qu'expression d'amour et de chaleur, j'en ai pleinement profité cette fois-ci et je sais que, tant que nous sommes ensemble, nous allons pouvoir être bénéfique les uns aux autres grâce à différents moyens et qualités. Et maintenant, il vaudrait mieux que je commence mon expédition à l'aéroport. Je ne pense pas que ce serait une bonne idée que je rate encore mon avion.

Traduction officielle   original

Vivre audacieusement

le 24 février 2012

Depuis des années, de nombreuses personnes se plaignent que je ne respecte pas les standards habituels ou les règles normales, ce qui est vrai. La plupart du temps, des gens comme moi doivent se conformer à certaines traditions et cultures, malheureusement. Comme nous le savons tous, ce monde est rempli d'étiquettes et donc, les cultures, les traditions, toutes ces différentes choses sont en fait incluses dans l'ensemble d'étiquettes qui définit qui nous sommes, ou plutôt ce que nous sommes. Nous sommes piégés par ces définitions et après nous devons agir en conséquence, que cela nous plaise ou non.

Je ne suis pas en train de dire que ce n'est pas bien d'avoir des étiquettes ou de définir nos rôles dans nos communautés et nos sociétés. Ce serait vraiment chaotique si nous n'avions aucune étiquette. Par exemple, dans certains bureaux que j'ai visités, ils ont ce qu'on appelle un système de classement, et chaque armoire a une étiquette. Alors imaginez s'il n'y avait aucune étiquette, ce serait vraiment le désordre. On n'arriverait pas à trouver les documents dont on a besoin. On en deviendrait fou.

Nous avons besoin d'étiquettes pour nous organiser, mais nous n'en avons pas besoin au point d'étouffer notre créativité. Sans la créativité, nous devenons comme des robots. C'est pourquoi nous devons emprunter le chemin du milieu, et avoir des étiquettes sans être piégés par ces dernières. Ne soyez pas attachés aux étiquettes parce que cela nous encourage à avoir un ego plus grand, et par conséquent des problèmes plus grands. Nous avons suffisamment de problèmes à régler dans notre vie. Nous n'avons pas besoin d'empirer les choses.

Nous devons être audacieux. Nous sommes ceux qui contrôlent les étiquettes, et non le contraire. Par « audacieux », je ne veux pas dire que vous pouvez aller tuer votre ennemi ou vous enivrer et faire toutes sortes de choses insensées. Cela fera non seulement du mal aux autres, mais aussi à vous-même. Par « audacieux », j'entends que nous devons être au moins assez audacieux pour nous observer clairement, sans fabrication. La plupart du temps, quand quelque chose ne marche pas, nous pensons rapidement à des raisons pour nous excuser et presque immédiatement, nous blâmons les autres pour les problèmes. Si nous regardons autour de nous, et si nous observons le monde dans lequel nous vivons, 90 % des gens agissent de la sorte, et je dirais qu'ils n'ont pas de tripes. Ils n'ont pas le courage d'assumer la responsabilité des fautes, de se corriger, de s'améliorer et ensuite de progresser positivement sur le chemin.

Le plus souvent, quand nous, les humains, nous asseyons ensemble pour discuter, si nous écoutons attentivement avec une lucidité perçante, nous nous rendrons immédiatement compte que tout tourne autour de combien nous sommes bons et les autres mauvais. C'est très rare que nous félicitions les autres, surtout les personnes que nous n'aimons pas ou que nous détestons. Je pense que notre ego est si énorme qu'il prend toute la place qu'il nous reste pour être audacieusement différents, audacieusement gentils et audacieusement compréhensifs.

Je dis toujours à mes amis et étudiants qu'il est si facile de se plaindre et de critiquer parce que cela rend notre ego tellement heureux. Notre ego est encore plus content quand nous arrivons à faire en sorte que davantage de personnes se plaignent et critiquent comme nous. Je suppose que c'est de cette manière que les différents partis politiques se forment dans divers pays. Et pourtant, nous ne sommes pas assez audacieux pour nous arrêter de nous plaindre ou de critiquer, notamment quand il s'agit de quelque chose, de quelqu'un ou de quelque situation que nous n'aimons pas, que nous détestons ou qui nous rend mal à l'aise. Nous voulons que toutes nos connaissances se joignent à nous dans ce voyage lâche d'abandon à notre ego. Les sots s'y joindront, mais les éclairés ne le feront pas. Je le vois souvent arriver dans notre société, dans notre communauté. La plupart des gens agissent avec les émotions de façon à ce que l'ego se sente bien temporairement, mais souffre longtemps après. En fait, les émotions sont des assassins de toute activité dans notre vie. Elles brouillent notre compréhension et nous perdons notre clarté.

Un héro qui ose vivre une vie heureuse est celui qui arrive à vaincre son ego et à contrôler le Mara intérieur. Le Mara se manifeste en tant que jalousie, fierté et toutes ces émotions embrasées qui nous font sauter et dire ou faire des choses qui font du mal à autrui. Alors vous devez toujours vous vérifier vous-mêmes pour voir si vous le faites souvent, si vous aimez commérer et appréciez les sensations brûlantes. Si c'est le cas, alors essayez d'avoir l'audace d'arrêter.

Il faut beaucoup de courage pour se dire que l'on a tort et qu'il faut changer et s'améliorer. Nous avons besoin d'arrêter les sentiments de colère, de jalousie, de fierté et d'insécurité. Nous devons développer ce miroir intérieur afin de pouvoir aiguiser nos outils pour vivre audacieusement une vie qui porte des fruits, qui est bénéfique et porteuse de sens, et enfin qui est véritablement magnifique. Ce n'est pas grave de faire des erreurs, mais ça l'est si on ignore les erreurs et que l'on continue à refaire les mêmes erreurs encore et encore, sans avoir l'envie de devenir une personne meilleure, de s'améliorer. Si vous êtes un pratiquant spirituel, les erreurs et les obstacles sont là pour vous rendre plus audacieux et vous faire progresser plus rapidement, mais seulement si vous confessez et vous transformez positivement.

L'ego limite notre progrès, et afin de repousser nos limites et de réussir, nous devons vraiment vivre audacieusement. Avoir l'audace d'aimer votre ennemi, parce qu'aimer votre famille et vos amis qui vous apprécient est trop facile. Avoir l'audace d'être gentil avec les personnes qui sont désagréables et méchantes avec vous, parce qu'être gentil avec des personnes qui sont gentilles et agréables avec vous est trop facile. Avoir l'audace de reconnaître vos défauts et de vous améliorer, parce que vous pardonner et blâmer les autres est trop facile. Avoir l'audace d'assumer des responsabilités et ne pas se contenter de commérer, parce que mettre en œuvre des idées positives est véritablement la pratique d'un héro. Alors ayez l'audace d'être un bon être humain, osez être un ami vertueux et ayez l'audace d'apporter un changement positif dans votre vie.

Voilà mes petits conseils pour la nouvelle année du Dragon.

Texte original

Mieux vaut tard que jamais

http://www.drukpa.fr/fr/2012/20120205_mieux.html

le 5 février 2012

  En raison de problèmes techniques non résolus aussitôt, la connexion internet ne marchait pas depuis la fin de notre Pad Yatra. Je ne devrais pas me plaindre parce que la plupart de mes amis et étudiants ont la gentillesse de prendre sur leur temps personnel pour nous aider.

C'était aussi une bonne chose pour moi. Je n'ai pas eu besoin d'écrire quoi que ce soit jusqu'ici, à la suite de la réparation de cette connexion particulière.

Tout ce que je peux dire est que « Mieux vaut tard que jamais ». Mais malheureusement, nous sommes toujours si en retard que nous n'avons jamais la possibilité de nous occuper de nos premières priorités : Ou bien nous attendons que quelqu'un en prenne la responsabilité à notre place, ou bien nous remettons les choses « à demain », à tel point que nous n'assumons jamais notre responsabilité. Et demain ne vient jamais. Alors si vous vous rendez compte que vous êtes en retard pour quelque chose, notamment s'il s'agit de faire quelque chose pour votre propre développement spirituel, alors il vaut mieux améliorer la situation immédiatement. Demain, vous n'en aurez peut-être plus l'occasion.

La plupart d'entre nous avons nos priorités sens dessus dessous.

Quand il y a un conflit entre l'engagement spirituel qui, à terme, nous amènera au-delà de la souffrance, et l'engagement mondain, nous choisissons toujours le mondain avant le spirituel ...tout en voulant être heureux.

Nous ne serons jamais heureux si nous ne cherchons qu'à obtenir des réalisations mondaines parce que celles-ci ne durent pas. En agissant de la sorte nous finirons par courir après une série de rêves sans fin.

Quand il y a un conflit entre le spirituel et le mondain, que devez-vous faire ? Si j'étais vous, je choisirais la spiritualité parce qu'il s'agit au moins de quelque chose que vous allez développer en vous-même et que vous ne perdrez jamais : quelque chose qui dure.

J'étais très heureux de pouvoir amener plus de 450 de me moines, nonnes, étudiants laïcs et nouveaux amis faire un Pad Yatra de Mumbai à Bhopal, pour visiter de nombreuses grottes sacrées de retraite et des grottes-monastères où des maîtres éveillés avaient pratiqué et atteint l'éveil.

Visiter ces lieux sacrés nous encourage beaucoup, mais quand j'ai vu les bâtiments et les statues en ruines j'étais assez triste : « Pourquoi est-ce que les humains détruiraient des choses si belles ? » Oublions le fait qu'elles soient sacrées et essayons au moins d'apprécier leur beauté. Si nous avons un esprit limité qui ne peut accepter que nos propres idées (de ce qui est bien et mal pour nous) nous deviendrons comme ces personnes qui détruisent des objets magnifiques d'autres cultures, d'autres traditions et d'autres pays. Nous deviendrons des personnes malheureuses vivant dans des boîtes.

Quand les choses ne vont pas selon notre sens personnel, il faut les détruire. C'est la même chose dans nos relations : quand nos amis ou notre famille ne suivent pas nos instructions, nous avons tendance à nous mettre en colère ou à nous fâcher contre eux, ...mais jamais nous ne nous fâchons contre nous-mêmes. C'est pourquoi je dis toujours, « Surveillez votre esprit. Si vous pouvez maîtrisez votre esprit, vos paroles et vos actions seront correctes. » La plupart du temps, nous ne le faisons pas. Nous regardons toujours vers l'extérieur, mesurant les autres d'après nos propres standards particuliers. N'attendez pas à ce que les autres fassent comme nous. Chacun a son chemin individuel, et certains peuvent être similaires, mais jamais à 100 % pareils.

À ce propos, avant de démarrer notre Pad Yatra, j'ai rendu visite à Aamir, sa femme Kiran et leur petit nouveau-né. Il m'a fait découvrir un livre intitulé Qui a piqué mon fromage ? (titre original en anglais : Who Moved My Cheese?) J'ai pensé encourager tout le monde à le lire, et ce qui me fait plaisir est que le livre n'a pas beaucoup de pages, alors c'est très facile à lire pour quelqu'un qui est mauvais en anglais. Il s'agit de comment gérer le changement, qui est l'impermanence. Rien ne reste pareil. Nous aussi, nous changeons chaque minute et vieillissons chaque seconde. C'est pourquoi à chaque fois je vois l'expression « célébration d'anniversaire », je ris à moi-même. « Qu'y a-t-il à célébrer ? Notre rapprochement au cimetière ? » Mais bien sûr, c'est une façon pessimiste de voir la mort et l'impermanence. La façon positive d'aborder l'impermanence et le changement est d'en profiter, parce qu'elle nous donne de nombreuses occasions d'être créatifs, et elle nous rappelle que notre présent est si précieux que nous devons tout apprécier, nos bonnes expériences et les mauvaises. Comme le livre dit, « Le plus rapidement vous lâchez le vieux fromage, le plus rapidement vous allez pouvoir profiter du nouveau. »

Comme on pouvait s'y attendre, en comparaison avec le dernier Pad Yatra, nous avons ramassé beaucoup plus d'ordures cette fois-ci. Les humains sont devenus des machines à ordures ! Tout ce que nous avons inventé pour satisfaire notre paresse est devenu des ordures, ce qui n'est pas étonnant. Voyons le « confort ». Au nom du « confort », toute sorte de confort fait que nous faisons moins pour obtenir plus pour ainsi dire. Nous inventons les ascenseurs, les voitures, les bouteilles en plastique… nous avons créé et continuons à créer des tas d'ordures. Dans la plupart des cas, le plus nous sommes aisés, le plus notre envie de confort augmente. La majorité des gadgets qui apportent un confort matériel ont des effets secondaires, non seulement des effets secondaires matériels d'ordures non biodégradables, mais aussi des effets secondaires spirituels. Nous finissons par perdre le « tsondu », nous ne connaissons plus, ou presque, l'effort enthousiaste quand nous faisons quelque chose. Sans l'effort enthousiaste, l'appréciation manque aussi, et sans appréciation, le bonheur devient caché. C'est un tout. C'est pourquoi je pense que le Pad Yatra est important. Je crois que quiconque se joint à un Pad Yatra – pas forcément l'un de ceux organisés par nous, mais tout Pad Yatra authentique qui se fait – pourra trouver le bonheur au bon endroit au lieu du mauvais. Faites-moi confiance ! Même moi je me réjouis d'avance du prochain Pad Yatra, où que nous allions !

 

À bientôt

le 8 décembre 2011

 

Tandis que nous nous préparons pour le prochain Pad Yatra, nous nous préparons aussi à passer de merveilleux moments passionnants. Je suis toujours enchanté par l'idée d'être près de la nature. Nous passons, ou plutôt nous gâchons beaucoup de temps à créer des inventions inutiles qui mettent d'énormes distances entre nous et notre nature. Ensuite, nous devons faire tant d'efforts pénibles pour rejoindre notre nature. Notre vie est ainsi, à créer des problèmes dont nous n'avons pas besoin, et puis à gâcher notre temps à les défaire. Nous faisons et disons des choses que nous regrettons plus tard. C'est pourquoi nous devons toujours rester vigilants et responsables vis-à-vis de nous-mêmes et autrui.

Quand nous sommes complètement honnêtes et en phase avec notre propre nature, alors nous devenons spirituels. C'est un processus très naturel. La « nature » veut dire libre de fabrication, libre d'aberrations. La plupart de nous n'arrivent pas à être proches de notre nature par des méthodes passives, alors l'un des meilleurs moyens d'y arriver est d'être activement en contact avec la nature. Quand nos pieds touchent la terre, nous établissons une connexion directe avec dame nature. Grâce à cette connexion, nous l'apprécierons davantage, et grâce à cette appréciation, nous serons plus conscients des risques écologiques que certains de nous humains ont créés en raison de notre ignorance, et de notre façon de vivre égoïste et négligente. Si nous ne nous préoccupons pas des générations futures, alors ce n'est pas un problème. Si nous ne nous préoccupons pas de notre propre vie, cela ne l'est pas non plus. Mais en réalité cela nous importe parce que nous voulons tous vivre heureux et confortables en ce monde, bien que nous fassions tout pour le contraire. Nous cherchons tous le bonheur, même une fourmi, un petit être, cherche le bonheur aussi. Mais la plupart de nos activités nous détournent du bonheur parce que nous nous détournons de la nature, non seulement de dame nature, mais aussi de notre propre nature.

Moi aussi, j'aime et apprécie toutes les facilités que la modernisation nous apporte. Mais nous ne devrions pas nous laisser emporter et nous déconnecter de la nature. Ainsi, je ressens une grande responsabilité de raviver cette vieille tradition spirituelle des Pad Yatras, et aussi de créer d'autres formes de yatras, comme le Vélo Yatra ou le Cycle Yatra. Nous devons être créatifs en établissant des connexions avec dame nature et notre propre nature. Ce serait tellement amusant.

Puisqu'il y a eu une réponse si positive de toute part concernant les retraites occasionnelles en groupe, j'ai accepté la demande de Khamtrul Rinpoché d'organiser une courte retraite au Mont Druk Amitabha, similaire à celle organisée au mois d'octobre, qui aura lieu immédiatement après le Nouvel An tibétain. Nous pourrons nous réunir au moment de mon anniversaire lunaire afin de connecter spirituellement. Nous continuerons avec un Vélo Yatra de deux jours suivi du Zangchöd Boom annuel. Voir le programme.

Je ne pourrai peut-être pas écrire beaucoup pendant tout ce mois du Pad Yatra. Je suis sûr que vous continuerez à recevoir de nos nouvelles par Facebook, Twitter et tous ces moyens de communication. Pour ceux parmi vous qui nous rejoignent pour les différentes options, à bientôt !

Lire l'Original sur :

http://www.drukpa.fr/fr/2011/20111208_bientot.html

Êtes-vous prêts ?

http://www.drukpa.fr/fr/2011/20111203_pret.html

le 3 décembre 2011

 

Dans une semaine seulement commencera notre prochain Pad Yatra écologique, qui démarrera à Mumbai et s'achèvera au stoupa sacré de Sanchi. Plus de 400 d'entre nous se rendent progressivement par groupes à Mumbai. Évidemment, au contraire des deux Pad Yatras précédents dans l'Himalaya, celui-ci ne sera pas trop difficile ou ardu pour les gens qui ont l'habitude d'installations modernes. Mais comme tout dans la vie, les défis sont toujours là. Même quand nous vivons dans un environnement physique soi-disant parfait, nous devons toujours faire face à des difficultés si nous ne savons pas comment apprécier et profiter. Par exemple, quand nous marchions dans l'Himalaya lors des deux derniers Pad Yatras, presque tous les étrangers se plaignaient de la nourriture, sans réaliser combien d'efforts avaient été faits pour faire arriver la nourriture, les batteries de cuisine et les cuisiniers jusque dans la montagne.

Le sens de l'appréciation manque toujours dans notre vie. C'est pourquoi nous passons toujours à côté du chemin qui mène au bonheur. Tandis que nous sommes en train de nous plaindre, de nous sentir mal et de chercher constamment des excuses pour ne pas aimer ou être fâchés contre les circonstances et les gens qui nous entourent, nous nous attendons à être heureux. Si notre esprit ne fait que chercher des problèmes, alors comment être heureux ? Ce serait un grand miracle si nous pouvions être heureux de la sorte. Si l'esprit est problématique, alors les paroles et les activités ne seront pas douces, réussies et heureuses.

Un des Rinpochés m'a demandé comment on peut obtenir une purification rapide et efficace. Je lui ai répondu qu'un des meilleurs moyens de nos jours est de participer à un Pad Yatra. Tout ce qui se fait avec une motivation bénéfique et des difficultés extérieures serait bien. Mais en ce moment, il est vraiment difficile de trouver des épreuves physiques, même dans notre vie quotidienne, à cause de la modernisation et la facilité. Alors nous devons organiser le Pad Yatra comme l'un des meilleurs moyens de purifier nos souillures négatives, surtout pour les personnes qui ont la capacité physique et la force de mentale d'y participer.

Puisqu'il n'y aura pas beaucoup de difficultés extérieures au cours du prochain Pad Yatra, tous les participants devront porter leurs propres affaires ; il n'y aura pas d'êtres humains ou d'animaux pour nous aider. Afin d'éviter des réclamations de la part des participants étrangers au sujet des types de nourriture préparés par les moines et les nonnes, les étrangers seront groupés ensembles et devront faire leur propre cuisine. Tous les repas devront être exclusivement végétariens. Chaque groupe recevra un budget, devra bien le gérer et sera libre de cuisiner ce qu'il a envie de manger. Il devrait y avoir au moins une certaine discipline pour un Pad Yatra, alors nous fournirons le budget en conséquence. Les moines et les nonnes seront dans leurs propres groupes et cuisineront leur propre nourriture. Les équipements pour faire la cuisine seront portés par quelques aides, et le reste nous devrons nous en occuper nous-mêmes. Nous sommes impatients d'expérimenter tous les événements stimulants, tout du moins j'ai hâte de les voir se réaliser

 

Un regard intérieur,

un regard sur soi

http://www.drukpa.fr/fr/2011/20111127_regard.html

le 27 novembre 2011

 

Après presqu'un mois de voyage au Vietnam et à Taiwan, plus de 110 d'entre nous sont maintenant de retour et se préparent pour le prochain Pad Yatra écologique. Je tiens particulièrement à remercier tous les bénévoles et bienfaiteurs qui ont rendu ces voyages possibles. J'étais très heureux de voir le dévouement de Gyarawa Rinpoché envers la lignée et le chemin spirituel. Je suis sûr qu'avec l'aide de tous, mes étudiants et mes amis, ma prochaine visite à Taiwan ou la prochaine visite de mes amis et étudiants, anciens et nouveaux, au Mont Druk Amitabha ou au prochain Concile Drukpa annuel, pourra bénéficier à encore bien plus de monde. Mes nonnes, mon entourage et moi apprécions l'effort conjoint réalisé par tous pour faire en sorte que cette visite soit réussie et agréable.

J'étais vraiment content que de nombreux amis nouveaux soient venus directement à moi pour me dire, avec un cœur sincère, qu'ils sont intéressés par un chemin spirituel authentique. Mon style est très direct. Je suis libre d'établir une connexion avec toutes et tous, et je suis libre d'enseigner et de partager mon expérience parce que mon seul but est d'aider et de faire le bien, c'est tout. Si cela ne marche pas avec certaines personnes, cela marchera avec d'autres. Sans citer des noms, du fond de mon cœur, je remercie et apprécie ceux qui, dans le silence, m'aident à établir des connexions authentiques avec des personnes sincères qui veulent cheminer avec moi et mon entourage. C'est un excellent moyen d'accumuler du mérite, et tout le monde devrait s'en réjouir. Il y a beaucoup d'êtres en ce monde qui ont besoin de soutien, alors nous devrions tous consacrer notre énergie à des causes positives, pour des raisons positives. C'est pourquoi de grands enseignants comme Shantideva disent que nous devons demeurer en compagnie d'amis vertueux et éviter de fréquenter des personnes non vertueuses. Des amis vertueux ne sont pas des gens qui superficiellement parlent et agissent en fonction de vos souhaits, mais plutôt des personnes qui vivent en accord avec la vérité universelle et qui vous soutiennent dans votre pratique spirituelle. Si les personnes autour de vous ne disent que ce que vous voulez entendre ou agissent superficiellement selon vos désirs, peut-être elles sont en train d'encourager le développement de vos émotions et de vous éloigner de votre véritable nature. Ce ne sont pas des amis vertueux.

Bien que je sache qu'en arrière plan il y a eu quelques « accidents » émotionnels, ce à quoi on peut s'attendre, je conseille que tous les pratiquants spirituels authentiques les ignorent. Si en fin de compte, la lignée et les êtres en bénéficient, et si on réalise ses activités entièrement sans motivation égoïste, alors tout va bien. Cependant, si on en est la cause, alors il faut se regarder soi-même et s'améliorer. Mon conseil est que tout le monde pratique et s'améliore. Que l'on ait un karma positif ou négatif dépend de sa propre motivation et n'a rien à voir avec autrui. Contentez-vous de vous occuper de vos affaires et de veiller sur votre esprit, parce que l'esprit contrôle vos paroles et vos actions.

Au cours d'un des entretiens, une journaliste très expérimentée m'a posé une question très intéressante. Elle m'a dit, « Cela fait plus de mil ans que vous vivez en ce monde. Êtes-vous fatigué ? » Bien sûr je suis fatigué. Quand je dis quelque chose sur mon site internet, les gens se servent de mes mots pour juger ceux avec qui ils ne sont pas d'accord ou avec qui ils sont fâchés. Le conseil spirituel est que vous vous vérifiez vous-même. À moins d'être éveillé, vous n'avez aucun droit de juger. Alors parfois, je ris en moi-même : est-ce que je devrais gaspiller mon énergie à peaufiner mon mauvais anglais et mon grammaire ? Comme vous le savez tous, je ne suis jamais allé à l'école. Alors vous pouvez imaginer à quel point écrire toutes ces différentes choses en anglais est difficile pour moi. Enfin, c'est votre choix. Si l'on choisit de ne pas s'améliorer, alors tandis que vous faites plein de commentaires négatifs sur les autres, votre esprit se détériorera. Pour vous, le Dharma n'est qu'une comédie dramatique. Alors ne laissez pas vos émotions devenir votre chef ; vous êtes votre propre patron.

En fait, où se trouve le chemin ? Il est en vous-même. Je ne peux que vous le montrer ; c'est à vous d'avancer. Si quelqu'un ou certains maîtres vous disent qu'ils peuvent parcourir le chemin à votre place, n'y croyez rien. Vous devez le parcourir VOUS-même. C'est pourquoi j'insiste toujours que vous devez regarder votre esprit, vous regarder vous-même. Ne pointez pas les autres du doigt, et ne blâmez pas les autres pour vos propres problèmes ou malheurs. Vous êtes la seule personne qui peut faire que vous êtes heureuse ou malheureuse. La plupart des gens réagissent inutilement et créent plus de négativité. Le sage est celui qui peut regarder ses propres émotions et les transformer, et non pas réagir face à ses propres émotions ou à celles d'autrui. Comme je le dis toujours, les émotions sont les assassins de vos relations avec les autres ainsi qu'avec vous-même. D'abord vous critiquez et blâmez les autres, et petit à petit, vous finissez par vous blâmer vous-même parce que soudain, vous réalisez qu'il n'y a plus personne autour de vous à blâmer parce que tout le monde vous a fui. Vous finirez par vous blâmer vous-même. Je ne crois pas qu'il y ait une personne ou un être fondamentalement mauvais. Il y a toujours la possibilité de s'améliorer. Mais cette réalisation qu'il faut s'améliorer doit venir de vous-même, et puis volontiers et de plain gré, vous vous améliorerez, et en vous améliorant, vous parcourez le chemin spirituel.

Que faire quand quelqu'un continue à vous raconter des idioties au sujet des autres, notamment quand vous ne connaissez même pas la personne de qui il ou elle parle ou se plaint ? N'écoutez pas, n'y croyez pas et ne jugez pas. Si vous savez que votre esprit est trop faible pour gérer la situation, alors ignorez les commères. Que faut-il faire si vous êtes le sujet de critiques malicieuses ? Alors je dois vous féliciter. Il s'agit d'une excellente occasion de pratiquer la Bodhicitta et la patience. Quelqu'un vous a offert une grande occasion pour transformer la compréhension intellectuelle en compréhension expérientielle. Remerciez-les et dédiez-leur votre mérite. S'il n'y a personne qui vous fait souffrir, s'il n'y a pas de souffrance, alors c'est parfois difficile de développer la sagesse et la compassion. Si vous n'arrivez pas à faire face aux commères, alors ignorez-les, mais ne les laissez jamais tomber de votre pratique de Bodhicitta. À chaque fois que j'ai ce genre d'expérience, j'essaie d'abord de m'examiner moi-même. C'est toujours difficile de se regarder et de dire, « Tiens ! Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. Je dois m'améliorer. » Ensuite, j'essaie de comprendre pourquoi les gens réagissent de façon si négative et agressive envers moi. Et puis j'essaie de développer ma propre force. La force dont je parle n'est pas celle des combats de Kung Fu, ce dont mes nonnes se débrouillent plutôt bien, mais la force de la compréhension grâce au développement de la sagesse, de l'amour et de la compassion. Muni de cette compréhension, mes émotions se dissolvent et se transforment en un grand chemin. Les émotions ne sont pas un problème si vous savez les gérer. Elles peuvent être utilisées comme des moteurs pour vous aider sur le chemin, surtout si vous êtes un bon pratiquant. Si vous êtes un pratiquant moyen, alors il faut les couper et travailler avec elles jusqu'à ce que vous soyez en mesure de les transformer et de danser avec elles.

Il y a un dicton selon lequel quiconque réagit aux émotions est le perdant, le grand perdant. Alors ne réagissez pas aux émotions, et si vous ne pouvez danser avec elles harmonieusement, ignorez-les. C'est tout pour le moment. Puisque j'ai pu voir des centaines voire des milliers de photos sur Facebook, je ne pense pas que je devrais passer beaucoup de temps à en poster ici. Alors j'ai pris la liberté d'en choisir quelques-unes afin de les partager avec ceux parmi vous qui n'ont eu aucun accès aux activités à Taiwan qui viennent d'avoir lieu. Je partagerai à nouveau mes pensées dans un jour ou deux. J'espère que les traducteurs des différentes langues arrivent à rester à jour ! Désolé d'avoir été si long.

 

 

La connexion du Dragon

http://www.drukpa.fr/fr/2011/20111118_dragon.html

le 18 novembre 2011

 

Bien que je sois occupé à faire ma valise et à me préparer pour ma prochaine destination, je tiens à saisir cette occasion pour remercier le Vietnam, sa population et son gouvernement. Ces dernières semaines que nous avons passées au Vietnam, où que nous nous trouvions du nord au sud, tout le monde faisait de son mieux pour nous montrer de l'amour, de la chaleur et de l'harmonie. Par conséquent, l'énergie collective est entièrement positive. Et pour cette raison, il y a eu de nombreux signes.

 

Normalement, je n'aime pas parler des signes et de tous les différents soi-disant miracles. Mais ces derniers jours, il y a eu sans arrêt des arcs-en-ciel doubles, des nuages en forme de dragons, dont certains dansaient et d'autres souriaient, et il y a deux jours, le soleil s'est manifesté sous forme d'Avalokiteshvara. J'étais même étonné moi-même. Cela montre que le Vietnam a reçu les bénédictions authentiques de tous les Bouddhas et Bodhisattvas des dix directions grâce à leur dévotion fondée sur une motivation pure, sans aucun mobile personnel ou égoïste.

Le Vietnam et nous avons une excellente connexion karmique. L'histoire des dragons célestes nous a réunit. Nous avons les neuf dragons qui s'envolèrent dans le ciel à Namdruk, et le Vietnam a son dragon qui s'éleva à Hanoi et plusieurs dragons qui dorment à la baie d'Halong.

Le gouvernement m'a officiellement accueilli avec mon entourage en faisant l'offrande d'un magnifique dragon en or qui signifie notre connexion profondément enracinée. Or, dragon après dragon après dragon, il a fini par pleuvoir. La plupart du temps, immédiatement après une initiation il pleuvait pendant cinq minutes. Tout le monde courait pour se mettre sous l'eau, dansant sous la pluie et tellement heureux. Ceci a une grande signification : les dragons qui apportent la pluie apporteront beaucoup de chance au pays et au gouvernement, et à terme, toutes les personnes au Vietnam en profiteront. Je suis tellement heureux de pouvoir en être témoin moi-même. J'essayerai de partager davantage mes expériences quand j'aurai un peu de temps.

 

 

Un regard intérieur sur soi

Regrettant mon Gourou

le 30 octobre 2011

Mon Gourou vient de partir. Nous achevons à l'instant 49 jours de prières et de pratiques à son intention. Je me demandais comment ce serait s'il était encore là. Si vous regardez la photo de près, vous pourrez y voir notre Kyabjé Khamtrul Rinpoché Shedrub Nyima aussi. J'avais des sentiments partagés en voyant cette photo. D'un côté, j'avais des regrets en y voyant mon Gourou, et pourtant il n'est plus ici. De l'autre côté, j'étais ému d'y rencontrer Kyabjé Khamtrul Rinpoché parmi de nombreux Rinpochés. Il a dû recevoir des enseignements et initiations profonds de la part de Trulshik Dorjé Tchang. Alors nous sommes maintenant spirituellement liés sous la bienveillance et l'amour de Gourou Dorjé Tchang.

En regardant de près, il s'agit peut-être de sa dernière photo de groupe en publique. En voyant ceci, il me manque beaucoup. Nous devons tous prier pour que ses souhaits soient réalisés, quels qu'ils soient, afin que chaque être en reçoive les bienfaits. Les gens parlent beaucoup du retour rapide de sa réincarnation, ce qui est également une des choses pour laquelle il faut prier. Plus important, en tant que disciples, nous devons réaliser ses souhaits, tout ce qui doit être fait, qu'il s'agisse de revenir dans ce royaume ou dans d'autres. Ce sont ses activités divines ; nous ne pouvons les prévoir ou les décrire. De notre point de vue, nous n'avons qu'à réaliser ses souhaits. Si nous ne savons pas quels sont ses souhaits, alors nous devons pratiquer la Bodhicitta.

La plupart d'entre nous sont comme ça. Quand le Gourou est là, nous ne l'apprécions pas. En fait, parfois les gens ont des doutes concernant les intentions du Gourou ou un changement d'avis soudain. Par moment, ils ont même le sentiment que le Gourou est contrôlé par quelqu'un ou quelques groupes. Je ne pense pas qu'un Gourou suivrait aveuglement les suggestions de ses étudiants ou de ses amis ou se laisserait être contrôlé, notamment les soi-disant Gourous comme nous ; nous vivons dans des temps modernes et il y a des technologies que nous connaissons très bien. Alors nous avons différentes paires d'yeux pour voir et pour savoir beaucoup de choses. Parfois les instructions du Gourou sont reçues avec un tas d'histoires parce qu'il ne les a pas données directement mais à travers certaines personnes. Ce n'est pas que les autres n'y croient pas, mais à cause d'un manque de compréhension et de dévotion authentique, il reste des doutes au sujet des souhaits du Gourou, ainsi que beaucoup de jalousie et de fierté.

Je suis plutôt expert pour comprendre ce genre de situation parce que 45 % des choses qu'ils disent ou font sont le résultat de leurs émotions, notamment la jalousie et la fierté. C'est pourquoi nombreux de nos Gourous nous ont quitté prématurément. L'harmonie veut dire la compréhension mutuelle et la communication, et aussi ne pas essayer de donner une image d'harmonie tout en gardant en son for intérieur des images négatives d'autrui. Si l'esprit est négatif, tout est négatif. Si l'esprit est positif, tout est positif. Vous ne pouvez vous cacher indéfiniment. Il faut être honnête avec soi-même. Un esprit positif doit être développé à travers la compréhension que chaque phénomène est vide de nature. Les amis sont vides, les ennemis sont vides. Ne parlez pas, n'écoutez pas et ne comprenez pas de travers. La plupart de notre souffrance est créée par notre propre mauvaise compréhension. Si quelqu'un dit des choses négatives, ne l'encouragez pas et essayez plutôt de l'en décourager. Si la personne n'écoute pas, évitez-la si vous ne pouvez pas gérer la situation.

Ce qui est drôle est que je sais pratiquement tout ce qui se passe partout, même si je ne cherche pas à le faire. Je respecte beaucoup la vie privée des autres !

C'est difficile de garder les Samayas à cause des doutes, de la jalousie et de la fierté qui volent dans tous les sens. Au lieu de recevoir des pluies de bénédictions, nous vivons sous des pluies d'émotions chaque jour, chaque instant, chaque second. Nous n'arrivons pas à contrôler notre esprit, alors notre parole et nos actions disent et font les choses étrangement. Quand nous travaillons pour une lignée et notre Gourou, nous devons comprendre que notre propre intérêt doit être mis de côté. Ce qui sert le mieux la lignée et le Gourou, même s'il y a une amélioration spontanée et des changements, nous devons le faire. Certaines personnes pensent, « Ah ! Il n'est qu'un Gourouji. Il ne sait pas comment faire ceci ou planifier cela. Il ne sait pas quoi faire. Nous savons tout. Il devrait nous écouter et non pas le contraire. » Si le Gourou est dorénavant considéré comme stupide d'un point de vue samsarique, alors je pense que vous feriez mieux de ne pas prendre refuge dans le Gourou. Il aura moins de soucis et de fardeaux. Excellente nouvelle pour le Gourou ! L'omniscience veut dire un état d'esprit clair qui permet de tout voir et de tout savoir. Notre propre fierté et notre égo nous empêchent de l'accepter, et donc nous passons à côté de chaque occasion, de chaque vie.

Au sujet de l'amitié

le 29 octobre 2011

Il y avait des gens qui disaient que Sey Rinpoché était la réincarnation du 11ème Drukpa. Une photo d'Apho Rinpoché que je viens de recevoir me l'a soudain rappelé. En fait, je serais tellement heureux si c'était le cas. J'imagine que je serais libre de faire ce que j'aime le plus. Par exemple, à l'heure actuelle, je serais sans doute en train de résider au Bhoutan et d'y faire diverses choses. Peut-être je serais devenu le père de quelqu'un, en train de m'occuper de mes propres affaires. Malheureusement, à cause de mon gourou bien-aimé Sa Sainteté le Dalaï Lama, qui me reconnut comme la personne que je suis actuellement, je n'ai rien à dire parce que je n'ai aucune idée comment ces choses arrivent, et elles restent très cachées aux yeux des être ordinaires que nous sommes. Nous devons nous remettre aux êtres divins.

Ce serait très bien pour notre lignée si Sey Rinpoché était l'élu parce que les activités de son père fleurissaient au Ladakh et notamment à Garsha. Ainsi, d'un point de vue pratique, cela aurait été très bien que Sey Rinpoché, en tant que le fils d'Apho Rinpoché, assume le rôle du Gyalwang Drukpa. De temps en temps je vois les choses ainsi, et j'ai ce genre de sentiment parce que je sais que de telles responsabilités lourdes ne conviennent pas à une personne insoucieuse et désorganisée comme moi. Je pense que mon caractère spontané le rend plus difficile de prendre cette position. Au contraire de la plupart des chefs de lignée qui ont beaucoup de ressources à verser à leurs collègues et organisations, je n'ai rien à verser ; je n'ai qu'un sens sincère de responsabilité à aider la lignée au sein de laquelle j'ai été reconnu. Je suis également particulièrement désolé que nous devons tous, mes collègues et tout le monde, travailler très dur pour nous soutenir les uns les autres. La lignée et trop belle et trop lourde pour une seule personne incapable comme moi, qui trompe tout le monde avec l'image d'un soi-disant « chef ». En fait, je ne suis personne. Si ma réincarnation devait être choisie au moyen d'un vote, je ne serais sûrement pas ici à cette place. Ce serait une personne plus compétente, plus riche, plus organisée, plus ingénieuse et moins dernière minute, et tout le monde serait heureux parce que les fonds et les ressources tomberaient du ciel. Parfois c'est mon sentiment.

Je dis rarement ce genre de chose. C'est assez triste qu'une lignée spirituelle comme la nôtre doive se soucier autant de questions mondaines. Cependant, si la lignée peut être bénéfique aux êtres, alors nous, en tant que détenteurs de la lignée, devons travailler dur pour la maintenir et la soutenir. D'une certaine manière, j'ai énormément de chance que mes collègues se soutiennent mutuellement afin de s'assurer que notre lignée ne commence à faner prématurément pour des raisons mondaines et étranges. Par exemple, Sey Rinpoché et moi sommes de si bons amis. Il a une forte envie d'aider la lignée en raison de la bonne relation que nous avons. Nous sommes là pour nous soutenir moralement, bien que ni l'un ni l'autre ne puisse le faire matériellement. Dans ces temps dégénérés, devenir un gourou spirituel authentique est dur. Nous ne voulons pas tromper nos étudiants et amis parce qu'ils comptent sur nous pour atteindre l'éveil. Si nous les menons en bateau afin d'obtenir le succès et des gains matériels, alors nous devons aller en enfer. Non seulement nous sacrifions les autres, nous finissons par nous sacrifier nous-mêmes.

Certains étrangers font des remarques très bizarres à mes organisations : « Vous êtes des organisations bouddhistes. Vous devriez pratiquer la générosité. Vous devriez être gentils aux autres. Vous devriez accorder des remises à des pauvres comme nous. Vous devriez nous offrir la nourriture, » et ainsi de suite. En fait, j'étais surpris de voir que même certains bénévoles faisaient ce genre de remarques. Ces bénévoles disaient qu'ils ont dû abandonner leur travail, leur maison et leur famille pour venir travailler en tant que bénévoles. Nous devons les nourrir, leur faire une remise et les servir. Dans mon esprit, je pense toujours que mes bénévoles qui sont mes étudiants ou mes amis se portent clairement mieux que moi et mes collègues. Ils n'ont qu'un, ou tout au plus, trois enfants et parents à s'occuper. Chacun de nous a au moins plusieurs centaines de moines et de nonnes à nourrir chaque jour. Alors cela veut dire que, de nos jours, un gourou spirituel doit enseigner, gagner sa vie et se préoccuper du fait que les bénévoles ont besoin d'une remise et de la nourriture gratuite. J'ai toujours pensé que le bénévolat voulait dire que vous saviez que vous veniez aider volontairement. Nous ne devrions jamais nous forcer à nous porter volontaire si nous ne sommes pas prêts. Sinon, toutes sortes de conditions se présenteront et nous empêcheront de recevoir du mérite. Avant de dire que nous sommes pauvres et avons besoin d'aide, il vaut mieux savoir quelle est notre motivation, et s'il s'agit de notre avidité qui bloque notre opportunité d'accumuler du mérite, ou si nous sommes véritablement pauvres. Je dis toujours qu'il faut offrir ce que l'on peut, plutôt que d'offrir ce que l'on ne peut pas et ensuite regretter. Exprimer du regret à la suite d'un acte de mérite crée du karma négatif.

Aussi, en regardant cette photo j'ai constaté à quel point la relation entre Yongdzin Rinpoché et moi était exceptionnelle. Même s'il ne se conduisait pas bien extérieurement – il faisait des bêtises – il ne me laissait pas en faire autant. Il m'a dit très clairement : « Si tu fais ce que je fais, je ne te verrai pas dans cette vie et dans celles à venir. » Cela avait une grande importance à mes yeux. Cela voulait dire qu'il tenait vraiment à revenir dans sa prochaine vie pour m'aider. Même si, pour des raisons étranges ou divines, ses anciennes habitudes ne ressemblaient pas tout à fait à la discipline ou un bon comportement, au fond il a dit ces choses avec tant d'amour et d'affection pour moi et la lignée. Il voulait que je m'occupe de la lignée, et ainsi pendant des vies à venir il reviendrait encore et encore pour me soutenir. Alors ce n'est pas étonnant que sa réincarnation soit revenue dans mon monde.

Comme vous le savez tous, nous venons d'achever une excellente retraite avec mes amis et étudiants de Drukpa Amériques. Je pensais que nous n'avions pas beaucoup de pratiquants aux Amériques, alors c'était une surprise agréable de voir autant de pratiquants sérieux. L'ambiance était entièrement bénie par tous les étudiants sincères. Je pense que c'est lié au vœu de silence. Si nous pouvons maintenir un vœu de silence, même pendant une heure par jour, nous arriverons à développer bien mieux qu'à l'heure actuelle notre connaissance de nous-mêmes. C'est parce que la plupart du temps, nous le gâchons en cancanant sur le comportement des autres. Au passage, nous gâchons aussi beaucoup d'énergie. Les gens qui racontent des ragots sur X ou Y en espérant qu'ils ne l'apprendront pas sont très naïfs. Les mots finissent par faire le tour et à la fin, ces gens n'auront plus de vrais amis. Alors pour ceux parmi vous qui regardent trop vers l'extérieur, saisissez cette occasion pour regarder maintenant à l'intérieur de vous-même. Quand votre être intérieur s'améliore, toutes les choses extérieures s'améliorent naturellement.

Je tiens à remercier Khamtrul Rinpoché qui a donné un merveilleux enseignement et m'a permis de me retrier quelques heures chaque jour pour m'occuper des autres aspects de ma vie chargée avant de partir pour la tournée en Asie. À vrai dire, je suis très fier que Khamtrul Rinpoché se révèle être un très bon enseignant, même s'il m'attribue le mérite parce qu'il m'écoutait enseigner et a ainsi acquis des compétences. C'est très gentil à lui de le dire. Son habileté vient en fait des vies et des vies qu'il a passées à développer son propre esprit et à réaliser des activités bénéfiques pour autrui. Comme vous le savez tous, toutes ses réincarnations précédentes étaient de grands maîtres et de grands détenteurs de notre lignée Drukpa de yogis. D'une certaine manière, ce n'est pas surprenant. Il a une aptitude spontanée pour mener les gens dans la bonne direction et pour donner des enseignements aussi remarquables. Les gens ignorants comme nous sont parfois surpris de voir comment il a développé de telles compétences en si peu de temps. À propos, il dirige un pèlerinage à pied au Bhoutan. Je ne sais pas où il les amène cette fois-ci, mais il m'a demandé de les bénir, lui et son groupe. Nous leur souhaitons tous de merveilleux moments.

Nous préparons actuellement notre voyage au Vietnam et à Taiwan avec 108 nonnes. Presque toutes ces nonnes vont à l'étranger pour la première fois de leur vie. J'espère que tous mes amis et étudiants accorderont un grand soutien aux nonnes et à ce voyage. Nous devrions tous nous soutenir mutuellement. Bien qu'elles soient nonnes, je pense généralement que les gens devraient les voir comme des filles ordinaires. Nous ne devrions pas les voir comme des êtres aux capacités spéciales ou extraordinaires parce ceci vous exclura. Ce voyage est pour montrer que chaque femme a le potentiel en elle de faire ce que nos nonnes font. Ceci est le but de les amener sur ce tour.

.

LES AUTRES LETTRES PRECEDENTES

La pratique doit être pratique

Traductions internationales en français