SA SAINTETE NOUS ECRIT

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Réjouissez-vous : un pas de plus vers votre nature

 

le 27 décembre 2013.

 

La plupart d'entre nous parlons beaucoup de maintenir des relations positives, notamment au sein de notre propre famille ainsi qu'avec nos amis et nos collègues. Généralement, nous réalisons que nos relations amicales avec autrui pourraient se maintenir jusqu'à un certain point, mais qu'après ce serait difficile de continuer. Au début, nous devenons amis parce que nous voyons le côté positif de chacun et avons l'impression : « Quelle chance que nous soyons amis ! » Ensuite, au fur et à mesure que nous devenons plus proches, nos émotions s'y immiscent. Ceci arrive au sein des couples, entre gourous et étudiants, et entre amis dans le Dharma. L'un des principaux obstacles, d'après ce que je vois, est le manque de réjouissance et de compréhension. En fait, se réjouir sincèrement est une manière de développer notre compréhension, et ce qu'on peut décrire comme étant un petit pas vers l'éveil et un pas de plus vers notre nature.

 

J'ai eu la bonne fortune de maintenir des relations positives avec mes gourous, mes frères et sœurs dans le Dharma, et avec la plupart des mes disciples, étudiants et amis. Bien sûr, rien n'est parfait. Tout comme vous, je souffre aussi de relations qui tournent au vinaigre ou deviennent négatives. J'aimerais croire que je fais en effet de mon mieux pour maintenir toutes les autres relations qu'il me reste avec sincérité et une motivation inoffensive. Outre la réjouissance, une motivation inoffensive est également importante. Parfois, quand nous disons « je me réjouis », nous devrions vérifier si nous nous réjouissons réellement ou faisons seulement semblant tout en ayant une motivation négative cachée. Des actions positives peuvent virer au négatif seulement à cause d'une motivation tordue. Alors nous devons toujours surveiller notre motivation.

 

Je connais Sa Sainteté Drikung Kyabgön depuis mon adolescence. Quand le précédent Thuksey Rinpoché était encore parmi nous, Sa Sainteté nous rendait souvent visite, parfois à Darjeeling et parfois au Ladakh. Nous recevions des enseignements du même Gourou et pratiquions sous le même toit. En termes d'âge, puisqu'il est mon aîné, je le vois toujours comme mon grand frère. Nous jouions au football ensemble. Nous jouions même au frisbee et montions à cheval dans notre temps libre. Sa Sainteté m'a toujours fait preuve de gentillesse, de bienveillance et de soutien, malgré toutes les difficultés auxquelles nous devons faire face dans nos rôles et lignées respectifs. En raison de nos calendriers bien chargés d'activités, nous ne nous voyions pas assez fréquemment depuis quelques années, jusqu'à récemment.

 

Pour moi personnellement, l'un des principaux points forts du 5ème ADC fut la présence de Sa Sainteté Drikung Kyabgön. Il a prononcé son discours dans un bon ladakhi, et bien sûr, étant un grand Bodhisattva, il n'aurait aucun problème à communiquer dans toute langue qu'il choisit. Il y a un an environ, j'étais très préoccupé par sa santé. L'ayant rencontré et passé du temps avec lui au Ladakh cette fois-ci, j'étais ravi de constater que sa santé se soit améliorée de façon nette et j'ai grande confiance que nous aurons tous les deux l'occasion de passer d'excellents moments encore et encore. Je ne sais pas si nous pourrions à nouveau jouer au football ou au frisbee. J'ai récemment remarqué que Sa Sainteté avait pris de l'embonpoint, et je suis aussi assez gros maintenant. Nous ne pourrions peut-être pas courir très vite, puisque nous ne sommes plus aussi jeunes. Nous ferons sans doute de l'exercice, apprendre à nager, perdre du poids et nous préparer pour nos vacances ensemble. Sa Sainteté m'a invité à partir en vacances avec lui au Ladakh, et bientôt nous allons certainement monter à cheval et courir partout. J'ai hâte de passer un merveilleux moment avec mon frère dans le Dharma.

 

Historiquement, nos incarnations passées prenaient naissance dans la même famille. C'est dommage que mes connaissances historiques ne soient pas très bonnes, car je ne m'intéresse pas du tout aux connaissances intellectuelles. Je suis sûr que certains parmi vous connaissez mieux l'histoire que moi.

 

En tout cas, comme je viens de le dire, essayer de votre mieux de vous réjouir de toutes les bonnes choses que les autres réalisent. Réjouissez-vous profondément avec une motivation positive. Réjouissez-vous avec l'attitude que, « un jour, je suivrai son exemple en réalisant des actions positives », sans penser que, « j'espère qu'il ou elle ne réussisse pas autant pour que je puisse toujours être le meilleur ». Se réjouir est le meilleur remède pour la jalousie et aussi pour les autres émotions négatives. Alors pourquoi ne pas essayer ?

 

RECEVOIR DES BENEDICTIONS

le 26 juillet 2013


La plupart du temps, la bénédiction est considérée comme quelque chose de mystérieux et de tellement sacré et lointain que c'est assez difficile de la recevoir. Je crois que quand nous arrivons à atteindre quelque compréhension de la vie, qu'il s'agisse d'une compréhension étendue ou d'une Compréhension limitée, c'est une bénédiction.

L'un des moyens habiles de nous aider à nous reconnecter à la bénédiction, ou à la compréhension, est de visiter tous les lieux de pèlerinage où les êtres éveillés du passé ont passé leur vie à pratiquer, à aider les êtres et à atteindre l'éveil, ainsi que les lieux où ils ont trépassé. Ces lieux sont devenus sacrés ou bénis grâce à leur présence ; c'est ce que nous appelons la bénédiction extérieure. Je pense que l'une des manières de le décrire est de dire que c'est leur compréhension ou leur réalisation spirituelle qui a béni ces lieux.

Il y a quelques semaines, lors de l'anniversaire du premier enseignement du Bouddha, j'ai amené mes nonnes faire un pèlerinage d'un jour à trois stoupas sacrés pour nous rappeler notre propre chemin spirituel. Nous avons commencé très tôt le matin avec un pèlerinage au stoupa de Bodhnath. Ensuite, nous avons visité Namo Bouddha où, au cours d'une de ses vies précédentes, le Bouddha avait offert son corps à un tigre. Nous avons terminé par rendre hommage au stoupa de Swayambhunath. Il est dit dans les textes sacrés que si vous pouvez faire un pèlerinage à ses trois lieux en une journée, ce sera une grande accumulation à la fois de mérite et de sagesse. Alors c'est exactement ce que nous avons fait, avec de grandes offrandes réalisées à chaque endroit, en commençant à 8h du matin et en finissant à 23h.


Pour nous, c'était une journée très importante parce que notre Bouddha avait commencé à enseigner ce jour-même il y a 2 500 ans. De manière étonnante, peu de gens sont venus se réunir et prier sur ces lieux sacrés. Beaucoup de gens semblaient être assez surpris de nous voir aussi nombreux en train de circumambuler et de faire des offrandes de lumière.

J'étais un peu déçu de constater que tant de bouddhistes ne connaissaient pas la date importante du premier enseignement du Bouddha parce que cela veut dire que les Quatre Noble Vérités sont négligées depuis assez longtemps. Cela veut dire en fait que nous, pratiquants bouddhistes, ne pratiquons pas très bien l'enseignement du Bouddha. Nous avons besoin de renforcer et d'accélérer nos pratiques.

J'ai demandé à mon chauffeur pourquoi peu de gens se souvenaient de l'anniversaire du premier enseignement du Bouddha. Il m'a donné une réponse surprenante : c'est un jour célébré par les bouddhistes du Hinayana parce que les Quatre Nobles Vérités sont un enseignement Hinayana ; c'est très lié au bouddhisme Hinayana, mais pas tellement au Mahayana ou au Vajrayana.
Sans les Quatre Nobles Vérités, il n'y aurait aucun Enseignement bouddhiste, ni Mahayana ni Vajrayana.

Je pense que le récent attentat à la bombe à Bodhgaya est le résultat de notre faiblesse à suivre les Quatre Nobles Vérités. Une fois que vous commencez à devenir faible dans les pratiques extérieures, vous allez forcément finir par rencontrer des réponses négatives, d'un point de vue karmique. C'est ce que je crois. Mais bien sûr, tous les autres ont le droit de croire qu'il y a d'autres raisons.

Quand vous êtes faible extérieurement, c'est le reflet de votre faiblesse intérieure. Quand vous êtes faible dans votre pratique d'amour et de compassion, alors vous allez perdre les batailles devant faire contrepoids à vos émotions perturbatrices, comme la colère, la jalousie, la fierté, etc. Quand vous n'avez aucune force à mener les batailles intérieures, alors les négativités extérieures prennent le dessus et la souffrance se trouve juste là.

Les conflits extérieurs sont toujours le reflet de nos conflits intérieurs, qui sont nos émotions hors de contrôle. Par conséquent, il n'y aura pas de fin ni aux attentats à la bombe, ni aux massacres, ni aux catastrophes. Le meilleur moyen est de gérer les conflits intérieurs, ce qui réduirait à terme les conflits extérieurs.

En raison des récents attentats à la bombe à Bodhgaya, j'ai décidé d'amener autant de mes moines et nonnes que possible faire un pèlerinage aux lieux saints du Bouddha. L'objectif principal est de nous rappeler l'importance du chemin spirituel de l'éveil tel qu'enseigné par le Bouddha. Je suis sûr que les programmes seront bientôt disponibles pour toutes les personnes qui voudraient se joindre à nous. Du fond du cœur, j'encourage vivement à toute personne qui souhaite venir d'accomplir la récitation d'au moins 10 000 mantras de Vajra Gourou, pour le bien de tous les êtres, y compris vous-même.

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L'apprentissage et l'expérience de la vie

le 28 juin 2013

Bien souvent, et pour la plupart des gens, rester jeune est l'une des missions les plus importantes dans la vie. Je pense que, d'une certaine manière, la majorité d'entre nous, sinon tous, avons peur de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Que cela nous plaise ou non, nous devons tous passer par « la grande finale », quoi qu'il arrive. La richesse, le pouvoir, son statut social, la technologie moderne… rien n'y fait, quand il s'agit du samsara. Le temps continue simplement encore, et encore et encore.

Alors comment devrions-nous regarder la vie ? Est-ce que nous devrions laisser le temps glisser entre nos doigts ? Devrions-nous utiliser notre temps pour notre auto-satisfaction ? Alors la question se pose : comment devrions-nous utiliser notre temps ? Je ne vais pas vous dire ce que vous devez faire de votre vie : chacun a ses droits. Pour moi, au fur et à mesure que je vieillis, j'ai vraiment le sentiment et crois que l'apprentissage et l'expérience de la vie sont la meilleure façon de tuer le temps, si je peux me permettre cette expression.

Chaque fois j'en ai l'occasion, j'adore sortir vivre toutes les expériences, qu'elles soient en relation avec la nature, la nourriture, se faire des amis ou rencontrer différentes personnes. Nous ne vivons pas seuls dans ce monde, ce qui est une merveilleuse vérité. C'est à nous de nous ouvrir et d'expérimenter. Quand je dis « expérimenter », je ne veux pas dire « interférer ». Nous expérimentons avec un sens profond d'appréciation. Nous apprenons avec un esprit ouvert et humble. Après tout, il y a des choses que d'autres savent, et que nous ne savons pas. Évidemment, il y a des choses que nous savons, et que les autres n'ont pas encore appris.

Nous parlons toujours de « pouvoir » et de « puissance ». Ils viennent de l'apprentissage et l'expérience d'un vaste espace créé par l'humilité. Sans humilité, et à toujours penser que nous sommes les plus intelligents, les plus puissants et les plus habiles, nous ne serons pas en mesure d'apprendre plus que nous ne savons déjà.

Le monde est plein de différentes sortes d'êtres, mais normalement je les mets dans deux catégories : ceux qui sont égoïstes, et ceux qui sont altruistes. Je pense que ce sont ces derniers qui s'apportent toujours le plus de bienfaits.


  Le respect mutuel

J'étais très honoré d'avoir été invité par Sadhguruji de visiter son ashram à Coimbatore et de participer à une rencontre interreligieuse à l'occasion du 14ème anniversaire de Dhyanalinga. Je suis très reconnaissant d'avoir pu rencontrer des chefs religieux d'autres croyances et d'échanger nos points de vue sur différents sujets dans le monde. Je pense que c'est une excellente action de la part de Sadhguruji de pouvoir organiser de tels événements. L'accueil chaleureux qui nous a été réservé, à moi et à mes moines et nonnes, fut tout simplement époustouflant. Je me suis senti complètement chez moi à Isha Ashram.

Pendant ce temps, au Mont Druk Amitabha les nonnes sont très affairées à apprendre, à pratiquer et à faire de leur mieux pour aider les êtres. Sans un intérêt pour l'apprentissage dans cette vie, je suppose qu'elle peut être plutôt ennuyeuse. J'ai le sentiment que, pour expérimenter la vie, nous avons besoin d'une envie d'apprendre quelque chose, quelque chose de bon et d'utile pour nous, et aussi pour les autres. Comme j'ai osé le dire pendant la conférence, «  L'apprentissage et l'expérimentation sont une occupation à vie pour moi. »


Apprentissage de la danse du Dharma


                  Apprentissage de l'anglais


                  Des moutons sauvés de la boucherie et dorénavant gardés par les nonnes au Mont Druk Amitabha

La paix, c'est à chaque pas

le 18 avril 2013

 

Nous venons de terminer avec succès notre sixième pad yatra dans le beau pays du Sri Lanka. Comme vous le savez, les moments heureux passent tellement vite. Notre pad yatra a été si plaisant qu'il s'est passé très vite. Je ne m'attendais pas à ce que ce pad yatra se termine si tôt. Donc, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, nous devrions apprécier toutes les connexions que nous avons établies et faire de notre mieux pour profiter de la compagnie de chacun. Après tout, il faudra qu'on se sépare un jour, d'une façon ou d'une autre.

 

Dans chaque pad yatra, nous faisons l'expérience de difficultés, ou plutôt de défis différents. Certains sont liés au temps, à l'altitude, à la nourriture et à beaucoup d'autres situations. Certains de ces défis sont liés aux relations avec les autres, avec la nature, et certains avec soi-même. Ce que je veux dire, c'est : « merci de vous occuper de vos propres affaires », car vous-même avez beaucoup à faire dans tous les domaines de votre propre vie. C'est un pad yatra. Vous devez rencontrer de nombreux problèmes individuels qui vous occupent, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de vous-même. Quand votre attention n'est pas portée sur vous-même, mais sur les autres, alors vous cherchez les ennuis. Le bonheur ou la souffrance se trouve tout à l'intérieur. Il n'y a personne que vous-même qui pouvez vous rendre heureux, triste, coléreux ou ému.

 

Se mêler de tout et taper sur les nerfs des autres, voilà ce en quoi la plupart d'entre nous sommes très forts. En conséquence, nous avons des désaccords avec les gens, ce qui crée de la disharmonie à une petite échelle, ou plus grave, nous nous bagarrons. Dans le pire des cas, on peut décider de se mettre en guerre. Un certain degré de contrôle de soi et de discipline est absolument nécessaire, que l'on souhaite la paix individuelle ou l'harmonie collective. Une des causes de ceci est que nous parlons trop, y compris moi-même. J'étais autrefois un petit garçon très coléreux ; à mes yeux, aucun moine n'était assez bon, aucun monastère n'était assez bien, tout était en mauvais état. Mon père me rappelait sans cesse que je devais m'améliorer, changer d'attitude, et que cette sorte d'amélioration intérieure me rendrait plus heureux et moins coléreux car ma perception serait plus positive.

 

J'ai incontestablement vu de nombreuses choses avec lesquelles je n'étais pas d'accord pendant le pad yatra. Par exemple, les nonnes utilisaient trop d'eau et étaient toujours pressées de se laver dès qu'elles le pouvaient ; les moines mangeaient trop ; les étrangers bavardaient trop ; le groupe 2 de tous nos Rinpochés ne marchait jamais en une seule file et n'observait pas certaines formes de discipline. Si j'avais laissé tout ceci me taper sur les nerfs, je crois que ça aurait été pour moi un pad yatra épouvantable. Je me suis dit : « Allez, laisse-les tranquilles. Si ce n'est pas trop, laisse-les aussi s'amuser un peu. » Autrement, je pourrais même vérifier comment ils coupent leurs pommes de terre, leurs tomates et leurs légumes, et aussi comment ils cuisinent et comment ils plantent leur tente. Je me mêlerais de tout. Je serais tellement occupé que je n'aurais le temps de rien faire. D'un côté, c'est parce qu'on aime beaucoup les autres qu'on fait le tour et qu'on vérifie ce qu'ils font. D'un autre côté, on peut l'appeler des maux de tête auto-infligés.

 

Par gentillesse et par souci des autres, il nous arrive de dire aux autres ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire. Généralement, nous avons tendance à trop le faire, même quand cela ne fait pas partie de notre rôle. Nous devons donc toujours nous surveiller pour voir si nous réagissons trop, au point de devenir insupportable pour les autres. Je fais de mon mieux pour ne pas être insupportable pour les autres. C'est une pratique que nombre d'entre nous doivent faire. « Ne jugez pas. Laissez-moi m'occuper de mes affaires. »

 

S'occuper de ses affaires n'est pas la même chose que d'être indifférent ou ignorant. Nous nous occupons de nos affaires pour ce qui est de juger les autres, mais nous devrions aider chaque fois que notre aide est nécessaire. D'une certaine façon, nous sommes tous comme des parents pour les autres. On doit surveiller un enfant discrètement quand il ou elle apprend à marcher, et laisser l'enfant utiliser pleinement son propre potentiel, sans interférer. Mais quand il ou elle tombe, nous, les parents, sommes toujours là pour le ou la soutenir. Par exemple, nous ne nous sommes pas mêlés de nos affaires quand un singe a eu besoin d'aide. Au-dessous de Sigiriya, le lieu saint de Tara, un singe blessé est venu vers moi alors que j'étais assis sous un arbre. Cette guenon avait une chaîne autour de la taille mais la chaîne était devenue trop petite, ce qui fait que la chaîne entaillait la chair et causait une infection grave avec du pus et du sang. Cela devait être l'œuvre de ces gens ignorants qui, pour vivre, dressent des singes pour le spectacle. Je suppose que la guenon avait dû tant souffrir qu'elle n'en pouvait plus et elle s'est enfuie. Je ne pouvais pas rester à m'occuper de mes propres affaires car la guenon était sans défense et avait besoin d'aide. Normalement, nous nous mêlons de tout quand les autres n'ont pas besoin de notre aide, mais quand ils ont besoin de notre aide, on va dire : « Désolé, cela ne nous regarde pas. On ne peut rien faire pour aider. » Donc, cette fois, j'ai demandé à Son Éminence Thuksey Rinpoché de se charger de cette mission, de rechercher la guenon blessée qui s'était échappée quand on a tous essayé de l'attraper, pour son bien. Il a fait un travail remarquable, retournant à Sigiriya tous les jours, pendant plusieurs jours, jusqu'à ce qu'il ait retrouvé la guenon, avec l'aide du Département des Réserves Naturelles et de la Jeunesse du Sri Lanka. La pauvre guenon a été conduite à l'hôpital pour un diagnostic et des soins. Apparemment, elle avait une insuffisance rénale et ne pouvait contrôler ni sa vessie ni ses intestins. Comme elle souffrait d'une très mauvaise circulation sanguine depuis deux ans, le docteur a dit qu'elle serait morte rapidement, en moins de deux semaines, si on ne l'avait pas sauvée. Elle est restée à l'hôpital deux semaines, et Son Éminence est allée la chercher quand on l'a laissé sortir et il l'a ramenée à Sigiriya. En fait, j'étais très fier d'avoir pu le faire, de donner l'exemple de comment apprécier et sauver la vie chaque fois que c'est possible. Le premier pas pour que nous soyons en paix est de regarder vers l'intérieur et d'éviter de regarder vers l'extérieur. D'une certaine façon, on peut dire que « s'occuper de ses affaires » est le premier pas pour être en paix. C'est un petit rappel pour moi-même que j'aimerais partager avec vous.

 

Le succès du Pad Yatra de la Paix au Sri Lanka n'aurait pas été possible sans le soutien total du gouvernement et des gens du Sri Lanka. En signe de profonde reconnaissance, je leur ai offert – à la fin de la cérémonie – nos trésors les plus inestimables, trois des reliques d'ossements du Bouddha. Cette série de reliques est tout à fait exceptionnelle. Il y a des reliques qui ne se multiplient pas, mais celles-ci sont de celles qui se multiplient selon les circonstances ou l'énergie positives. Personnellement, je m'attendais à ce que l'effet de multiplication se produise dans un ou deux ans. Mais une relique supplémentaire est apparue le jour même où nous les avons remises au Président. Je crois que c'est un bon augure pour le futur de ce pays.

 

Outre la chaleureuse hospitalité qui nous a été témoignée tout au long de notre mois de marche du sud au nord du Sri Lanka, nous avons été émus de constater l'harmonie qui règne entre les différentes religions et les différentes races. Chaque fois que nous traversions des zones musulmanes et hindouistes, on nous offrait des abris, de la nourriture, des boissons et des prières. Personne n'est venu avec le visage sombre et en colère quand, par centaines, nous traversions leurs villes, leurs villages et leurs lieux saints. Pour un pays qui est passé par trois décennies de guerre violente, il m'a été très difficile de croire que les gens pouvaient continuer de vivre leur vie en souriant et en pardonnant. Nous sommes allés du sud au nord et il n'aurait pas été facile pour le gouvernement ou les gens de nous cacher des événements négatifs. Nous étions libres d'avoir des contacts avec tout le monde. J'ai demandé à beaucoup de gens pourquoi ils étaient capables d'être libres de souffrance après ce qu'ils avaient enduré. La plupart d'entre eux ont attribué le mérite aux moines bouddhistes qui ont donné des enseignements sur le karma, l'appréciation, la tolérance et le pardon. Je sais que nombre de mes amis et de mes étudiants ont des doutes sur le Dharma, et en particulier sur le karma, mais on a tous pu voir, au Sri Lanka, à quel point le Dharma était important pour des gens qui avaient traversé 30 ans de guerre. Tous les matins, avant de partir au travail, les parents devaient dire à leurs enfants que, peut-être, ils ne reviendraient pas, qu'ils pouvaient être tués dans des attentats terroristes. Ils disaient à leurs enfants qu'ils devaient suivre les enseignements du Bouddha et continuer de vivre avec amour, patience et compréhension car viendrait un jour où le karma négatif serait épuisé et la paix s'imposerait à nouveau. Voilà le résultat quand on met le Dharma en pratique.

 

Visite d'un temple hindouiste avec des représentants musulmans et bouddhistes

Encouragements à de jeunes moines bouddhistes

Il est important de respecter et d'apprécier

M. le Député Rohana Kumar Disanayake a remis à chacun de nous une tasse en guise de souvenir

 

En fait, nous les bouddhistes, nous devons beaucoup aux bouddhistes et aux moines du Sri Lanka. Bien que l'Inde soit le lieu de naissance du Bouddha et du Dharma, nous avions perdu presque tout l'héritage bouddhiste jusqu'au jour où Anagarika Dharmapala est venu du Sri Lanka pour restaurer nos lieux de pèlerinage. Je suis donc heureux que nous puissions offrir ces reliques d'ossements du Bouddha comme modeste témoignage de reconnaissance. Le Président va faire construire un stoupa dans un lieu saint pour recevoir les reliques. Au nom de notre lignée, je le remercie du fond du cœur, ainsi que le gouvernement et le peuple du Sri Lanka. Enfin et surtout, ma reconnaissance va à l'Organisation monastique centrale du Bhoutan qui a envoyé tant de moines chevronnés afin de nous assister pour la cérémonie de transfert.

Bawa Jain, Secrétaire général des Religions du Monde pour la Paix au sein des Nations-Unies, Michael, mon étudiant, et Michelle,

mon amie, sont venus nous soutenir. Merci.

Cataclysme social

le 17 décembre 2012 

Ce qui s'est passé le 14 décembre en Amérique et en Chine a dû être un cauchemar pour de nombreux parents partout dans le monde. On m'a d'abord demandé de prier pour les 20 enfants et les huit adultes tués dans la tragique fusillade de l'école primaire en Amérique. Puis, on m'a demandé de prier pour 22 enfants sauvagement blessés par un déséquilibré qui les a attaqués à la hache dans une école en Chine. Dans les heures et les jours qui ont suivi, toutes les chaînes d'information parlaient de la tuerie en Amérique parce que 20 enfants âgés de cinq à dix ans sont morts dans la fusillade.

Mon cœur se tourne vers ces enfants innocents et leurs professeurs, ceux qui ont été tués en Amérique et les enfants sauvagement blessés en Chine. Avec une bonne éducation convenable, ces enfants auraient pu mener une vie positive, contribuer à la société et finalement être bénéfiques à de nombreux êtres. Non seulement des vies ont été perdues, mais des opportunités de faire le bien de soi et des autres ont aussi été perdues, ce qui m'inflige une grande douleur. J'envoie mes sincères condoléances ainsi que mes prières à leurs familles et à leurs amis. Mes nonnes au Mont Druk Amitabha ont commencé à réciter des prières pour les défunts, et elles prient aussi pour le prompt rétablissement des enfants blessés.

Nous devons comprendre la cause de telles tragédies, outre ressentir de la tristesse et pleurer les victimes, de façon à ne pas reproduire le même genre d'erreurs. C'est très important. J'appelle ceci un « cataclysme social ». Tout comme un cataclysme causé par le mauvais traitement de l'environnement, les tragédies découlent de nombreux problèmes sociaux et de négligence dans l'éducation. Dès le plus jeune âge, les enfants sont exposés à des informations négatives et à la violence. La plupart des jeux vidéo et des films les plus rentables introduisent de la violence, d'une manière ou d'une autre, sinon ils ne se vendent pas bien.

De ces incidents, il nous faut aussi comprendre que les nombreux animaux qui souffrent ont aussi, comme nous, des familles. Comme nous, ils aimeraient être heureux. Ils ressentent la douleur, ils éprouvent l'amour et la haine. Nous devons comprendre ceci et détourner un peu de notre compassion sinon toute – au moins 15 % de notre énergie d'amour et de compassion – vers les animaux, vers ceux qui sont maltraités et massacrés tous les matins, à chaque minute, pour notre nourriture, nos vêtements, nos pratiques religieuses, pour nous permettre d'exhiber notre richesse matérielle, etc. Être bon et juste envers d'autres êtres vivants n'a pas seulement pour but de nous permettre de pratiquer la compassion, mais aussi parce que nous ne voulons pas être victimes de telles brutalités quel que ce soit l'endroit ou le moment. À moins que nous voulions souffrir comme ces êtres à qui nous apportons la souffrance et la douleur, nous devrions immédiatement transformer notre esprit en une motivation inoffensive et arrêter toute activité nuisible.

Je ne parle pas d'un point de vue bouddhiste ou de la philosophie bouddhiste, c'est vraiment du point de vue de la logique humaine. Si on n'a pas réellement la logique humaine ou l'intelligence, alors on ne sait pas et on peut dire qu'on est ignorant. Nous sommes des êtres humains qui sommes sensés être plus intelligents que tout autre être vivant, donc nous devrions savoir et nous abstenir d'être moins qu'humains. Malheureusement, beaucoup d'activités humaines sont actuellement pires que celles des animaux, même 100 fois pires que celles des carnivores. Imaginez seulement la douleur que peuvent ressentir ces animaux, en particulier les parents et la famille des animaux qui voient leurs enfants ou leurs frères et sœurs massacrés et maltraités. Si c'est douloureux et terrible pour nous, c'est très douloureux pour eux. Ils n'ont pas le choix, et ils n'ont pas de voix.

Malheureusement, nous les humains sommes devenus des « terroristes » envers de nombreux êtres vivants. Nous prenons la vie des autres et commettons des actes nuisibles pour des raisons stupides, essentiellement pour notre propre plaisir. En tant que soi-disant êtres supérieurs, nous les humains devrions savoir comment traiter les gens et les êtres autour de nous, et améliorer la vie d'autrui en ce monde. Nous vivons sur cette terre pour aimer et non pour haïr. Tout le monde, tous les êtres, doivent être inclus dans notre compassion et notre amour. C'est ce qui nous rend humain. Nous avons tous la responsabilité de servir ce monde, d'en faire un bel endroit pour y vivre des centaines, des milliers et des millions d'années à venir. Nous sommes propriétaires de nos propres actes et de notre responsabilité. Aussi ne pouvons-nous pas nous permettre d'être ignorant, et de faire semblant de ne pas connaître la réalité de ce qui se passe juste à côté de nous. Un jour, un beau jour, les mêmes tragédies arriveront peut-être à nous. Le karma individuel et collectif ne peut être considéré comme acquis. Alors ne soyons pas stupides.

En résumé ou en conclusion, ces tragédies avec des enfants dans deux écoles de deux pays différents doivent être pour nous un enseignement, pas seulement quelque chose qui suscite notre sympathie. Je sais que nombre de gens au cœur bon prient, y compris mes étudiants et amis, et bien sûr, je prie depuis que j'ai appris ce qui s'est passé, mais ceci ne va pas nous donner la solution pour éradiquer la cause. On ne peut répondre à la question qu'avec une pensée analytique. Si on répond à la question, la prière sera exaucée. Une prière ne sera pas exaucée si on n'a pas répondu à la question.

Voici des renseignements que j'ai trouvés sur le site internet d'une organisation très respectable, PETA, et j'espère qu'ils ne m'en voudront pas de copier-coller ici les renseignements. Je demande instamment à tous mes étudiants et amis bien-aimés de, s'il vous plaît, envisager de devenir peu à peu végétariens pour le bien des autres et de vous-même. La haine n'engendrera jamais l'amour ; l'amour seul peut mettre fin à la haine.

La chasse annuelle aux bébés phoques est en cours au Canada. C'est de loin la plus grande chasse de mammifères marins au monde et la seule chasse commerciale qui a pour cible les jeunes de l'espèce. Pendant six à huit semaines tous les printemps, les glaces flottantes du Golfe du St Laurent et de la côte est de Terre Neuve et du Labrador sont couvertes de sang quand quelques 300 000 bébés phoques – pratiquement tous entre 2 et 12 semaines – sont frappés à mort (leur crâne est écrasé avec un lourd gourdin appelé hakapik) ou tués par balles. Ils sont ensuite dépecés sur la glace ou dans les véhicules de chasse proches après avoir été tirés vers les bateaux en utilisant les treuils des bateaux. Les carcasses dépecées sont en général abandonnées sur la glace ou jetées dans l'océan.
 

Comme les homards, les crabes sont souvent jetés dans des récipients d'eau bouillante et cuits vivants. Les crabes luttent si fort contre une mort de toute évidence douloureuse qu'ils se cassent souvent les pinces dans leur lutte pour s'échapper. Certains crabes utilisés pour la nourriture sont électrocutés, certains sont hachés et d'autres sont passés au four à micro-onde – tout ceci alors qu'ils sont encore conscients.

Comme les humains, les homards ont une longue enfance et une adolescence difficile. Tout comme nous, ils portent aussi leurs progénitures pendant neuf mois et peuvent vivre jusqu'à plus de 100 ans. Il n'y a pas de façon humaine de tuer ces animaux sensibles et peu communs.

Les poulets sont sans doute les animaux les plus maltraités de la planète. On élève et on tue, pour se nourrir, plus de poulets que tous les autres animaux terrestres mis ensemble.

Aux Etats-Unis, plus de 42 millions de vaches souffrent et meurent chaque année au profit de l'industrie de la viande et de l'industrie laitière. Quand elles sont encore très jeunes, beaucoup de vaches sont brûlées avec des fers chauds (marquage), leurs cornes sont coupées ou brûlées, et le bétail mâle a les testicules arrachés du scrotum (castration) – tout ceci sans antidouleurs. Une fois qu'elles sont assez grandes, on les envoie dans d'immenses parcs d'engraissement très sales où elles sont exposées aux éléments, pour y être engraissées et abattues. Beaucoup de femelles sont envoyées dans des fermes laitières où, de façon répétée, elles vont être fécondées et séparées de leurs veaux jusqu'à ce que leur corps s'épuise et qu'on les envoie à l'abattoir.

Comme tous les animaux, les vaches forment des liens maternels forts avec leurs veaux, et dans les fermes laitières et les exploitations bovines, on peut entendre les mamans vaches continuer d'appeler désespérément leurs petits plusieurs jours après qu'on les a séparés.

 

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La Compassion est reine

le 13 décembre 2012.

 

Quelques personnes m'ont demandé comment gérer la peur, en particulier la peur d'esprits malveillants et de fantômes. Cela semble être une question très étrange, mais la peur est quelque chose auquel nous devons toujours faire face. L'espoir et le partenaire de vie de la peur. L'espoir et la crainte vont toujours de pair. Nous pouvons même dire que l'espoir est l'esprit paisible, et la peur l'esprit courroucé.

La plupart d'entre nous avons l'impression que les esprits malins sont différents de l'espoir et de la peur. D'une certaine manière, ils ne sont que des manifestations de notre esprit. De l'autre côté, ils nous semblent très réels. Les esprits qui nous sont nuisibles, comme ceux que nous voyons dans les films, semblent très réels.

Alors sur cette base, une personne m'a demandé s'il existe quelque chose comme l'exorcisme dans notre tradition spirituelle. Je ne savais même pas comment cela s'écrit, ni ce que cela voulait dire. On m'a dit que l'exorcisme est l'action qui consiste à débarrasser un corps humain d'un esprit malin ou nuisible. Il y a beaucoup de films et d'histoires d'horreur qui racontent comment ces esprits prennent possession de corps humains.

Oui, il y a en effet des esprits qui possèdent des corps humains. Dans nos monastères, nous en voyons beaucoup. Ils ne sont pas forcément des esprits malveillants. Certains sont des amis ou des gens que nous connaissons. Je suppose qu'ils doivent avoir des histoires non achevées ou un fort attachement à ce qu'ils ont laissé derrière eux. Alors ils sont restés en arrière pour attirer l'attention.

Je crois que seule la compassion peut réaliser un soi-disant exorcisme avec succès. Je vais partager avec vous une histoire de ma propre arrière-grand-mère, c'est-à-dire la grand-mère de ma mère. Ma mère a appris la plupart de ces pratiques spirituelles au cours de son enfance de sa propre grand-mère, Kesang Wangmo. Mon arrière-grand-mère vivait à Lhodrak, l'endroit où Milarepa construisit la tour à neuf étages pour le fils de Marpa. Elle était une pratiquante du Dzogchen et quitta ce monde avec un corps d'arc-en-ciel. Vous devez être en train de vous dire qu'elle devait être une Yogini, un haut lama ou quelque être similaire. En fait, elle n'était qu'une femme au foyer ordinaire, qui travaillait très dur pour que sa famille soit heureuse. Elle récitait constamment le mantra d'Amitabha, des milliards de fois. Elle était également très gentille de nature.

Il y avait un Khenpo qui trépassa et qui revenait dans le corps d'une nonne, une amie de ma mère. Il était très fort et puissant. Chaque fois qu'il revenait dans le corps de la nonne, cette dernière changeait automatiquement d'apparence. Sa tête devenait plus grande et quand elle parlait, c'était la voix du Khenpo. Il était très autoritaire et tout le monde avait peur de lui. Chaque fois qu'il apparaissait, tout le monde courait pour lui préparer de la nourriture et un siège élevé. Il donnait aussi des enseignements quand il possédait le corps de la nonne. Ma mère avait suivi des enseignements du Khenpo pendant qu'il était encore en vie, et elle était apparemment la seule qu'il ne traitait pas avec hostilité. Tous les autres avaient peur de lui.

Des Rinpochés de haut rang et des maîtres accomplis venaient de toutes parts pour exorciser la nonne possédée par le Khenpo. Personne n'arrivait à le déloger. En fait, il s'est tellement fâché une fois qu'il a craché au visage d'un Rinpoché. Personne n'a rien pu faire. Un Rinpoché a dit à ma mère qu'elle devrait demander à sa grand-mère de parler avec l'esprit du Khenpo. Apparemment, mon arrière-grand-mère avait autrefois suivi des enseignements sérieux du Khenpo. Alors elle est venue tenir une conversation agréable avec lui, disant que de grands Khenpos en robe comme lui ne devrait pas être en train de faire peur et de nuire aux gens. Il devrait laisser la nonne tranquille. De façon surprenante, il est parti. Ma grand-mère ne faisait pas de poujas ou de rituels dramatiques. Elle l'a traité avec une compassion et une gentillesse absolues, et en plus, elle n'avait pas peur. Comme vous le savez, les esprits savent tout. Le Khenpo savait que mon arrière-grand-mère parlait avec une compassion absolue sans aucune motivation égoïste. Alors il est parti.

D'une certaine manière, nous pouvons dire que si nous développons une compassion authentique, rien ne peut nous faire de mal. Une compassion authentique, une gentillesse authentique, la Bodhicitta authentique est la seule solution pour éliminer les horreurs que nous vivons dans ce monde. La compassion authentique vous rendra intrépide, parce que vous n'aurez aucun concept de soi. Quand vous n'avez pas de concept de l'ego ou d'intention égoïste, la compassion authentique devient une protection et aussi une armure.

Ceci est une histoire vraie que je tenais à partager avec vous parce que chacun de nous a la capacité de développer la compassion authentique. Nous avons intérêt à y croire plutôt que de penser qu'il nous est impossible de développer quoi que ce soit de bon. Comme je l'ai dit hier, nous croyons toujours fortement aux phénomènes négatifs et n'avons aucune confiance dans les choses positives. Pour transformer notre vie dans un sens positif, commençons par croire que le bonheur, la joie, la paix et toutes les choses merveilleuses peuvent d'abord nous arriver. Nous pouvons être intrépides si nous le voulons. Forts de cette compréhension ou croyance, nous serons aussi capables un jour de manifester le corps d'arc-en-ciel comme mon arrière-grand-mère.

Enfin, avec tout mon amour et mes bénédictions, je voudrais souhaiter à tous mes amis et étudiants bien-aimés, au Ladakh, une très bonne année.

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LES AVANT DERNIERES LETTRES

N'ayez crainte

  le 12 décembre 2012

Tout le monde semble très occupé à parler du 12 et du 21 décembre. Je reçois beaucoup de coups de téléphone et d'e-mails de gens qui demandent ce qu'on devrait préparer si le monde s'arrêtait le 12 ou le 21 décembre. J'étais assez troublé au début car c'était la première fois que j'entendais parler de ces dates et de la prédiction de « la fin du monde ».

Je suppose que la « fin du monde » ne veut pas dire la « fin du samsara ». Je ne pense pas que le samsara s'arrêtera un jour. Il faudrait organiser une fête si le samsara était près de sa fin. Pour que le monde en arrive à la destruction totale, il faudrait que notre karma collectif négatif fonctionne ensemble.

Ce soir, mes parents et de nombreuses personnes ont planté la tente et restent à l'extérieur des bâtiments parce que beaucoup de gens des monastères de mon père lui ont dit que la fin du monde va se produire ce soir à minuit (12/12/12,12…), mais ils n'ont pas précisé exactement dans quel pays ou quelle région à minuit. Donc, pour le plaisir, mes parents sont en train de faire un pique nique nocturne en ce moment même. Des gens leur ont dit que les bâtiments pouvaient s'effondrer, que le monde allait être détruit et qu'il serait plus sûr de rester dehors. Je viens d'appeler mes parents et ai appris qu'ils venaient de passer une bonne nuit. Mon père m'a dit toutefois qu'il n'arrivait pas à croire que les gens prennent vraiment ce genre de prophétie au sérieux. En tout cas, ils allaient passer un bon moment en contact avec la nature et manger un bon repas avant de se retirer.

Aujourd'hui il se trouve que je suis au 31ème étage. Je suppose que je n'ai nulle part où courir si le bâtiment s'effondre. Je suppose que je vais devoir prier très fort pour que demain matin, je me réveille au-dessus des gravats.

Que le monde finisse ou non dépend seulement de nous. Si notre esprit est corrompu par des pensées et une motivation négatives, alors nos paroles et nos actes seront corrompus par la négativité. Selon moi, quand notre esprit est rempli de négativité, il n'y a pas d'espace pour la Bodhicitta, il n'y a pas d'espace pour la compréhension, pour l'amour et pour la vie en pleine conscience ; c'est ce que je considère comme la fin du monde, du moins comme la fin de mon monde.

En tout cas, ne craignez pas que la fin du monde soit proche, mais en même temps ne vous complaisez pas dans trop de confort mondain en pensant que nous allons vivre toujours. Plutôt que de croire que la fin du monde est proche, pourquoi n'utilisons-nous pas le présent pour vivre pleinement heureux. Comme je le dis toujours, le bonheur ne viendra que quand vous partagez le bonheur. Donc, nous devrions toujours nous encourager les uns les autres à faire des actes positifs, et à garder notre corps, notre parole et notre esprit dans le présent, à vivre en pleine conscience.

Pour ceux qui, comme certains de mes amis, croient que la fin du monde est pour ce soir ou le 21 décembre, essayez de terminer vos pratiques et récitez le mantra de Gourou Rinpoché. De toute façon, nous devons consacrer notre vie à progresser sur le chemin spirituel. Peut-être que cette peur de la fin du monde imminente n'est pas mauvaise et nous encourage à pratiquer davantage, à la dernière minute !

Cela me surprend beaucoup que la plupart d'entre nous choisissons de croire aux prophéties négatives. Nous devrions croire avec une forte dévotion que le Bouddha, Vajradhara, les Dakas et les Dakinis sont toujours parmi nous. Mais nous ne le croyons pas. Nous croyons au contraire à la négativité. Par conséquent, nous apprenons beaucoup de prophéties étranges et négatives comme la plus récente sur la fin du monde. C'est quelque chose que je ne comprends pas. Je pense que le fait de croire à une prédiction négative est en soi du karma très négatif.

Par exemple, après avoir regardé un film d'horreur, vous continuez à avoir peur des fantômes et des esprits, au moins pendant quelques heures et à tel point que de peur vous n'osez pas fermer la lumière. Si quelqu'un nous dit des centaines ou des millions de fois que les anges veillent sur nous, que le Gourou est Vajradhara et nous protège toujours, ou que les Dakinis sont toujours là en train de nous aider, normalement nous ne ressentons pas d'élan ou d'envie d'y croire. Vous pouvez simplement imaginer combien nous sommes affectés par le mauvais karma.

Même si vous ne croyez pas au karma, ne croyez-vous pas qu'il y a quelque chose de travers chez nous ? C'est un grand mystère que nous choisissons de croire au négatif plutôt qu'au positif. Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez nous. Beaucoup d'entre nous avons souvent tellement peur que nous disons et ressentons que « Je ne peux pas dormir seul(e). Il y a des esprits qui viennent et je dois allumer la lumière. » Si vous ressentez autant de peur, logiquement vous devez aussi croire fortement que le Gourou ou que Vajradhara est là pour nous protéger, ou pour ceux qui croient en Dieu et les anges volant au-dessus de vos têtes, vous devriez vous sentir protégés au moins pendant quelques heures et quelques minutes. Si normalement, vous choisissez de croire au négatif et ne voit que le côté négatif des choses et des gens, cela veut dire en fait que vous avez encore beaucoup de chemin à faire sur la voie spirituelle. Cela veut dire en vérité que vous avez besoin de reconnaître que c'est vous-même qui devez vous sauver. Vous devez purifier vos concepts ou votre croyance que les fantômes sont très présents et que les esprits positifs n'existent pas. Un tel état d'esprit négatif engendre beaucoup de peur et de problèmes.

Nous parlons et discutons toujours de concepts positifs ou d'objets dévotionnels comme le Bouddha, le Dharma et la Sangha, le Gourou, les Dakas et les Dakinis, mais cela n'a pas d'impact malgré le fait d'en discuter pendant toute une vie. Nous n'y croyons pas. Pourquoi est-ce que nous n'arrivons pas à y croire ? Et pourtant, après avoir regardé un film d'horreur, nous croyons en ces concepts horribles et aux esprits négatifs. Cela n'a pas beaucoup de sens. Alors plutôt que de croire que la fin du monde est proche, pourquoi ne pas dire que cela suffit et croire dans un monde et une vie positifs ? C'est une excellente façon de commencer à contrecarrer toutes les énergies négatives qui nous entourent avec tant de gens qui parlent de prophéties négatives pour aujourd'hui et le 21 décembre 2012. À vrai dire, je ne comprends toujours pas de quoi il s'agit. Passez une bonne nuit !

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Des Personnes étonnantes.

le 10 décembre 2012

Avec le report du Pad Yatra au Sri Lanka jusqu'en mars de l'année prochaine, j'ai maintenant un peu de temps pour terminer du travail et faire une retraite. En plus de sortir pour mettre la compassion et l'amour en œuvre, il me semble très important aussi de garder du temps pour faire quelques pratiques formelles comme des retraites, des récitations, des prosternations, de la méditation ou d'autres pratiques, afin de garder notre esprit centré et ancré.

Depuis l'âge de 17 ans, mon médecin personnel me répète de faire de la natation et de l'exercice, mais le genre de vie que je mène ne l'a jamais permis. Récemment mon médecin m'a dit : « Vous avez suivi tous mes conseils sauf celui-là. Si vous avez maintenant des problèmes, ce n'est pas ma faute. » Aussi je cherche une occasion de sauter dans une piscine, au moins pour me tremper les pieds car je déteste la natation. Je suppose que je n'ai jamais repris naissance en tant que poisson depuis au moins 1000 ans. Me croirez-vous si je vous dis que je n'aime même pas me tremper dans une baignoire ? Ça me fait un drôle d'effet ; j'ai la tête qui tourne beaucoup après être resté dans l'eau un court moment, surtout avec de l'eau savonneuse qui fait des bulles dans un jacuzzi. Je ne comprends pas pourquoi les gens dépensent beaucoup d'argent et parlent dans des termes très positifs au sujet d'avoir une baignoire et un jacuzzi. Je suffoque dans ce genre de conditions. Après trois minutes, il faut que je sorte. Quelle façon de gaspiller de l'eau, du savon couteux et des sels de bain.

Nous avons besoin de nous entraîner à chercher des solutions à l'intérieur de nous-mêmes et aussi la force de faire face au monde extérieur. Toutes les activités bénéfiques que nous faisons dehors ou extérieurement doivent être un soutien pour notre compréhension intérieure. Grâce aux différentes méthodes de pratiques formelles, nous serons capables d'amener la compréhension intérieure plus profondément dans notre cœur. La compréhension par l'expérience doit être développée à travers la pratique intérieure ou formelle. Ceci conduira la compréhension secrète à sa perfection ; certains l'appellent « l'éveil ».

Au milieu de la journée, une de mes nonnes plus anciennes m'a demandé de regarder une vidéo de Kyabjé Lama Zopa Rinpoché. Si mes souvenirs sont bons, cela s'appelle « Une vidéo époustouflante » ("Mind Blowing Video") sur YouTube. Elle m'a demandé : « Vous avez envie de regarder quelque chose ? Sur YouTube, il y a une vidéo très intéressante et stupéfiante, qu'il faut que vous voyiez. Mais ça dure deux heures. » Je ne pensais pas avoir la patience de regarder un enseignement de deux heures, mais je l'ai fait. Je dois dire que c'était vraiment « époustouflant » car l'enseignement était au-delà des concepts humains, basé sur le Mahamoudra et le Madhyamika. Étant moi-même un soi-disant maître spirituel, je dois bien savoir reconnaître un véritable enseignement. J'ai donc été très ému de regarder l'enseignement de Kyabjé Lama Zopa Rinpoché sur YouTube. On m'a dit qu'il avait des problèmes de santé. Je pris du fond du cœur pour qu'il guérisse complètement et continue d'enseigner activement dans ce monde pour de nombreuses, très nombreuses années à venir. Nous avons besoin de maîtres authentiques comme Lama Zopa Rinpoché pour faire le bien des êtres grâce à leur réalisation et à leur habileté.
  

Après avoir regardé deux heures de vidéo de Kyabjé Lama Zopa Rinpoché, ma nonne m'a demandé si j'avais encore du temps et de l'énergie pour en regarder une autre. C'était une vidéo magnifique sur une enseignante, et au début je ne savais pas qui elle était. Mais la voir et l'entendre était quelque chose de tellement inspirant que j'ai tout de suite demandé à quelques-uns de mes collègues et étudiants qui elle était. J'ai découvert qu'elle était l'oracle Khandro Tséringma. On m'a dit qu'elle était même venue au Mont Druk Amitabha pour rendre hommage à mon regretté maître bien-aimé, Kyabjé Trulshik Rinpoché. Elle fait partie des disciples importants de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. J'en suis très heureux et très ému.

J'ai lu sa biographie dans un entretien qui donne une idée de son parcours et de sa motivation. Les pratiquantes femmes, qu'elles soient nonnes ou laïques, doivent suivre son exemple, avec des conditions authentiques, une cause authentique et une dévotion authentique. Un des points les plus marquants de ce que j'ai lu sur elle est sa totale dévotion à la bodhicitta pour le bien de tous les êtres. Elle dit : « J'ai dans mon esprit une très forte croyance selon laquelle l'essence de la vie n'est autre que la réalisation de la Bodhicitta et de la Vacuité. Bien que ce soit difficile à obtenir, mon vœu primordial est d'atteindre, avant de mourir, une foi indestructible en celles-ci (Bodhicitta et Vacuité). Si je ne peux pas aider les gens à les générer, notre rencontre n'est qu'une perte de temps. À part cela, je suis la plus démunie selon les perspectives intérieures, extérieures et secrètes. Mon meilleur atout est seulement que j'ai rencontré le meilleur Dharma, la meilleure pratique et les meilleurs lamas. » Ce type de motivation et d'aspiration est très important pour un pratiquant spirituel. C'est ce que je veux partager avec tout le monde, et j'espère que les pratiquantes développeront ce type de motivation pure. Si vous avez vraiment cette motivation pure, quel que soit l'objectif que vous essayez d'atteindre, il se réalisera.

Khandrola est l'oracle ou médium de la déesse Tséringma, la parèdre de Milarépa. Elle entre en transes de temps en temps et voit Sa Sainteté le Dalaï-Lama qui pense qu'elle est l'authentique messagère de Tséringma. Je suis très heureux qu'elle fasse ce qu'elle fait, en particulier en étant une femme. Elle se tient très bien, grâce au soutien et à la reconnaissance de Sa Sainteté. Dans de nombreux rituels, elle est assise juste à côté de Kyabjé Lama Zopa Rinpoché, qui est un grand maître de l'école Gelugpa, et elle est assise sur un trône plus élevé que le reste des moines apparemment très importants, jouant du damarou et pratiquant avec eux. Elle est très confiante en ce qu'elle fait. En ce sens, elle fait beaucoup pour la promotion de l'égalité des genres.

J'ai une grande confiance et je suis aussi convaincu que même des femmes ordinaires peuvent y arriver. Elles peuvent le faire. Elles peuvent vraiment pratiquer de manière authentique sans avoir besoin de se cacher. Le plus important est de pratiquer de manière authentique, plutôt que de se battre pour le droit des femmes ou le droit des hommes. Je n'aime pas et ne crois pas en l'idée de se battre, comme se battre pour le droit des femmes – je suppose que c'est parce que je suis un homme. Mais je soutiens fermement les pratiquantes femmes, en les poussant pour qu'elles soient capables de pratiquer plus authentiquement selon leur propre contexte religieux, leur propre lignée, que ce soit Gelugpa, Nyingmapa ou toute autre lignée, ou tout type de croyance religieuse. Par exemple, si elles pratiquent dans la lignée Drukpa, alors elles devraient pratiquer Vajrayogini de manière authentique, ainsi que les techniques de méditation et les Six Yogas de Naropa, etc. Chaque lignée a des pratiques et des enseignements différents et spéciaux.

Quand je dis « pratique », on pourrait croire que ce n'est que pour les moines et les nonnes, mais ce n'est pas le cas. Comme vous le savez, j'encourage toujours tout le monde à pratiquer ; en particulier les laïques, hommes et femmes, doivent vraiment s'engager dans la pratique spirituelle afin d'obtenir un certain discernement ou de la compréhension, car ils peuvent vraiment soutenir beaucoup de gens dans la société, beaucoup plus que les nonnes. Donc, les pratiquants laïques doivent prendre une part plus active dans la pratique du Dharma du Bouddha et de la Bodhicitta, et ils doivent le faire très sérieusement s'ils sont bouddhistes. J'ai entendu le Dalaï-Lama dire à de nombreuses reprises que les laïques doivent pratiquer avec les moines et les nonnes. Gardant ce conseil à l'esprit, nous devrions tous le suivre.

Beaucoup de filles dans ce monde veulent être connues comme des Khandrolas ou des Dakinis. À quoi bon être connue comme Khandro ou Dakini si en réalité vous n'avez pas la qualité et la motivation de la Bodhicitta ? Mieux vaut ne pas prétendre être ce qu'on n'est pas. Soyez honnête sur le chemin spirituel parce que c'est VOTRE chemin et VOTRE éveil. Faire semblant ne vous conduira nulle part. Soyez une pratiquante honnête ; la qualité que vous développez peu à peu vous fera rayonner naturellement, sans avoir besoin de fabrication.

Je dirais la même chose aux pratiquants hommes, aux moines. Ils ne devraient pas faire semblant d'être des Rinpochés ou des maîtres s'ils n'en ont ni la qualité ni la qualification. Cela n'aidera pas les autres, et ne les aidera pas eux-mêmes. Cela finira par gâcher leur propre vie. C'est inutile.

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Mon monde, notre monde

le 4 décembre 2012

La plupart des maîtres spirituels ou des pratiquants comme nous pensent que la spiritualité offre une réponse ou une solution à tous les problèmes. Je crois que la spiritualité prépare notre esprit à voir le monde de façon plus complète, mais pour ce qui est des solutions pratiques, nous avons encore besoin de support matériel ou mondain. Peut-être je me trompe, mais très souvent j'ai le sentiment qu'on a grandement besoin de support matériel ou mondain pour nourrir la spiritualité. Je ne crois pas que nous devrions sacrifier la spiritualité au profit du développement mondain, ni sacrifier les progrès matériels au profit de la spiritualité. Les deux doivent être développés ou doivent progresser ensemble de manière à parvenir à un équilibre dans la vie.

Si je peux me permettre, je pense que bon nombre des situations chaotiques, des problèmes ou des catastrophes dont nous faisons l'expérience actuellement sont dus à un manque d'équilibre entre la spiritualité et le matérialisme. Nous pouvons expliquer ces deux termes de plusieurs façons différentes. Par exemple, la spiritualité est la bienveillance saine qui inclut le bien-être de tous, tandis que le matérialisme traite plus du succès individuel. Mais si nous sommes capables de réussir individuellement pour le bien d'autrui, alors le monde s'en trouvera mieux, non ?

De toute façon, le point essentiel est que la compréhension spirituelle doit être présente dans notre vie mondaine, et le support mondain doit être là dans notre développement spirituel. Les deux sont très importants pour être sûr que nous n'aurions pas de problèmes dans la vie.

Au cours des derniers quelques mois, j'ai rencontré beaucoup de gens différents, des scientifiques en devenir, des hommes d'affaires qui réussissent, des hommes politiques et des gens célèbres qui ont des relations, des acteurs de cinéma et des chanteurs, ainsi que de nombreuses autres personnes de milieux variés. Je les ai rencontrés à différentes réunions aux Nations Unies, au CERN, à l'OMS, à Green Cross, etc. Le monde est fait de gens différents. C'est ce qui rend notre courte vie ici très intéressante et haute en couleur. Imaginez qu'il n'y ait qu'une seule catégorie d'êtres humains, une seule espèce d'animaux ; je pense que nous n'aurions pas à faire preuve de beaucoup de créativité car nous serions comme des robots.

Dans un de mes entretiens télévisés en Amérique, j'ai eu l'audace de dire qu'être uni ne voulait pas dire qu'un dirigeant doit placer tout le monde sous son contrôle. Cela peut marcher à court terme, mais ce sera très douloureux à long terme car tout le monde est différent. Respecter et apprécier les différents milieux, les différentes cultures, les différentes origines, les différentes traditions, par une compréhension mutuelle et des échanges, je pense que c'est ceci qui nous conduira progressivement vers la paix dans le monde à laquelle nous aspirons. La paix intérieure ne peut être cultivée que par une appréciation authentique des autres et des différences. Le pouvoir de la véritable appréciation et du respect apporte la liberté et un sentiment de contentement lié à l'intrépidité. Intrépide en raison de la liberté, intrépide grâce à la confiance en soi.

En tant que pratiquants spirituels, nous parlons beaucoup d'accomplir le bien de tous les êtres sensibles et nous le prêchons. Je suis navré de dire que parfois j'ai le sentiment que nous ne mettons pas assez nos paroles en œuvre. Quand j'ai visité le siège de l'OMS et celui du CERN, j'ai été tellement ému de voir la somme d'efforts pratiques faits par ces médecins et ces scientifiques pour trouver des solutions à nos problèmes. Nous avons beaucoup de problèmes dans notre monde. Même si, en tant que méditants chevronnés ou expérimentés, nous réalisons que tous les phénomènes sont vides par nature, qu'ils sont Shunyata, la Grande Union, etc., et même si, comme le disent certains, nous avons réalisé l'éveil spirituel et la compréhension complète du karma, je ne sais pas si nous avons fait autant que ces scientifiques et ces médecins. Ce sont vraiment ces gens-là qui font tout le travail et nous trouvent des solutions. Au CERN, plus de 200 scientifiques les plus éminents du monde travaillent jour et nuit pour trouver des solutions à nos problèmes d'aujourd'hui et de demain. Les trois « w » qu'on voit devant toutes les adresses internet – www ou world wide web – ont été inventés par des chercheurs du CERN pour relier l'information.

Quand j'ai visité leurs bureaux à Genève, je n'ai vu que des visages heureux et souriants chez tous les gens qui y travaillent. Je crois que c'est parce qu'ils ont un but très clair dans la vie et dans le travail qu'ils accomplissent pour les autres. Le bonheur vient naturellement quand vous menez une vie qui n'est pas seulement bénéfique à vous-même. C'est une loi naturelle de l'univers. Quand nous pouvons faire non seulement notre bien mais aussi celui des autres, nous rayonnons naturellement d'un sentiment de confiance. Votre vie devient utile, vous êtes moins égoïste. C'est le chemin du bonheur.

Je suis très fier qu'ils nous aient invités, en tant que représentants de « Live to Love », à les rencontrer et à partager notre expérience très limitée. Mais le fait que nous ayons quelque chose à partager est une excellente nouvelle, non ? Tout être a quelque chose à apporter. La nature nous a tant donné, et à nouveau, nous devrions apprécier et respecter ce don. Par conséquent, je suis vraiment impatient de pouvoir travailler avec des scientifiques et des médecins. Je suis convaincu qu'il y a un lien très fort entre la spiritualité et la science. Ce n'est pas mon monde, mais notre monde pour lequel nous devons travailler ensemble afin de l'améliorer. Une meilleure compréhension spirituelle ne devrait pas être une menace pour le développement scientifique, et des progrès dans le développement scientifique ne devraient pas non plus sacrifier la compréhension spirituelle. On a grandement besoin des deux. Ils sont complémentaires.

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier tous mes étudiants et mes amis qui travaillent dans les différentes branches de « Live to Love » car ils sont des passerelles entre la spiritualité et le matérialisme. Je vois que nous faisons quelques progrès, mais la route est encore longue. Je voudrais rendre particulièrement hommage à Live to Love International à New York et à Live to Love Allemagne qui ont ouvert la voie dans l'organisation des différentes activités. Je suis aussi reconnaissant envers Live to Love France et Live to Love Suisse d'avoir pris la responsabilité d'organiser ma visite ainsi que celle de nos nonnes spécialistes de Kung Fu. C'est incroyable que Live to Love France ait réussi à organiser la projection du film du Pad Yatra dans le plus grand théâtre de France avec des milliers de spectateurs. Quand les gens travaillent sans aucun intérêt personnel et qu'ils mettent véritablement leurs efforts au service du bien d'autrui, les résultats seront excellents. Le résultat positif le plus évident a été l'harmonie entre les membres et les bénévoles. Il n'y a pas eu la moindre plainte à propos de quiconque. Tout le monde s'est soutenu mutuellement car tout le monde travaillait uniquement avec son cœur avec le souhait d'aider les autres. Leur propre intérêt personnel n'avait pas d'importance. Qu'ils reçoivent de la reconnaissance ou pas n'avait pas d'importance. Ce qui était important était le message et les activités de Live to Love. Je suis donc très fier des organisateurs et des bénévoles.

Ainsi, ouvrir la voie est très important. Ouvrir la voie veut dire que nous n'avons pas peur des échecs ou des obstacles. Nous allons de l'avant quoiqu'il en soit. La plupart d'entre vous ont reçu de moi le mot « Jigmé » dans vos noms, ce qui veut dire « sans peur ». Seule la véritable intrépidité d'ouvrir la voie pour faire que l'impossible devienne la réalité finira par nous donner l'opportunité d'aider et d'être bénéfique à tous les êtres, au-delà des religions, au-delà des traditions, au-delà des cultures, au-delà des nationalités, et un jour, au-delà des royaumes d'existence. J'ai hâte de voir de grands progrès dans les activités et les résultats de Live to Love.

Quels que soient les actes bons et positifs que nous accomplissons, j'espère qu'ils serviront d'exemple pour d'autres qui ont plus de moyens et d'aptitudes que nous afin qu'ils fassent mieux et plus, beaucoup plus que ce que nous faisons. Je le dis du fond du cœur.

Le respect doit être réciproque

ADC LADAKH NOVEMBRE 2012

le 15 novembre 2012 

Quel est le sens du mot « respect » ? Généralement, la plupart d'entre nous cherchons comment obtenir le respect des autres ou comment savoir s'ils nous respectent. Nous sommes rarement conscients du fait que le respect doit être réciproque. Si nous commençons par respecter et apprécier les autres, nous serons automatiquement respectés et appréciés à notre tour. Cela va sans dire. Mais la majorité d'entre nous n'y croyons pas, alors nous continuons à manquer de respect pour autrui et à leur marcher sur les pieds parce que nous pensons que nous sommes les meilleurs. Ainsi, quand les autres ne semblent pas nous prêter attention, nous devenons fous.

Prenons notre environnement, par exemple. Dernièrement nous ne le respectons pas. Alors quand il réagit de façon négative en manifestant quelques catastrophes, ou de mauvaises conditions climatiques anormales, nous devons souffrir. Il en va de même pour nos relations avec autrui. La plupart du temps nous ressentons et pensons toujours que nous sommes les meilleurs et par conséquent que nous avons toujours raison et les autres ont toujours tort. Quand quelque chose ne marche pas correctement, nous blâmons toujours les autres et ne regardons jamais la situation ou nous-mêmes. Je ne pense pas que ce soit une façon intelligente de vivre en ce monde. Ce genre d'attitude ne fera que rendre notre vie plus difficile.
J'étais très content au Ladakh cette fois lors du 4ème ADC. Les discussions et les réunions se sont très bien déroulées. Je pense que c'est principalement dû au fait que nous les avons ouvertes au public afin de permettre sa participation aussi. Les spectacles culturels étaient magnifiques. Chacun a fait sa représentation avec son cœur, et personne n'a fait quoi que ce soit avec une intention superficielle d'obtenir du renom ou de la publicité. Nous y étions pour profiter de la compagnie des uns et des autres. Il n'y avait ni stress, ni réclamations. Je tiens particulièrement à remercier Son Éminence Thuksey Rinpoché et Son Éminence Langna Rinpoché pour leur travail de direction et d'organisation fantastique. J'apprécie également les efforts de la Young Drukpa Association et des moines d'Hémis. J'ai pu voir la transformation complète d'Hémis en un mandala vivant de compassion et de sagesse.                                          
Comme je le dis toujours, nous passons trop de temps à parler, alors levons-nous et faisons quelque chose. Je pense que l'ADC est l'une des manières d'agir. Évidemment, l'un des principaux moments forts fut la plantation d'arbres. C'était une action si merveilleuse en faveur de dame nature. Au lieu de prendre, au moins cette fois-ci nous rendons. Chaque relation doit être donnant, donnant, qu'elle soit entre humains, entre êtres vivants ou avec la nature. Nous sommes tous liés. C'est très hasardeux de penser que nous pouvons vivre de manière isolée en ce monde.                                Le soutien des autorités du Ladakh, de l'Inde et aussi du Bhoutan, fait très plaisir. Je voudrais remercier du fond du cœur le gouvernement du Bhoutan d'avoir envoyé mon très bon ami, Lyonpo Minjur, et de nombreux autres délégués à l'ADC. Le gouvernement du Ladakh et l'armée ont apporté un soutien énorme tout au long des préparatifs. Sans l'aide de tous de toutes parts, il aurait été impossible d'organiser l'ADC à Hémis à cette époque de l'année.

J'attends avec plaisir le prochain l'ADC et croit sincèrement que chaque année sera toujours meilleure que la précédente

VOIR LES PHOTOS DE L'ADC 2012 A HEMIS

 

"JE" est le Meilleur !

le 16 octobre 2012

Si nous passions quelque temps à écouter notre propre voix, nous ne serions pas étonnés de constater que nous disons ou pensons des choses comme, « Si je m'en occupais, les résultats seraient bien meilleurs. Si c'était moi qui organisais ce programme, il serait plus réussi. Si j'étais celui qui faisait la conception, ce serait plus beau. » Et si, et si, et si… Nous regardons ce que les autres font et comment ils vivent, et dans notre esprit, l'ego dit toujours, « Je suis le meilleur ! Je suis le plus fort ! Je suis le plus puissant ! Je suis le plus populaire ! »

C'est parce que notre esprit déborde de ce genre d'attitude égoïste que nous n'avons pas d'espace pour les autres, et que nos émotions deviennent sauvages. Nous devenons incontrôlables. Je ne dirais pas que vous deviendrez fous, mais je pense que ce n'est pas loin. Des émotions brûlantes qui viennent du « Je suis toujours le meilleur ! Personne n'est meilleur que moi » vous amèneront un jour à faire, à dire et à penser des choses insensées. Je l'appelle une « intoxication émotionnelle » ou la maladie du « je suis le meilleur ».

C'est très facile pour nous de tomber sous l'emprise de cette notion intoxicante de « je suis le meilleur », notamment quand nous sommes entourés d'amis et d'entreprises qui ne nous disent que ce nous aimons entendre. Bien sûr, tout le monde, moi-même compris, aime entendre des choses agréables et des commentaires encourageants au sujet de tout ce que nous faisons. Quand ceci arrive, je me demande toujours, « Suis-je si bon ? » parce que je ne veux pas m'emporter et devenir malade du syndrome de « je suis le meilleur ».

Alors les années passantes, j'ai fait en sorte de devenir un peu « dur d'oreille ». J'écoute tout le monde pour entendre sa version de l'histoire et essaie de ne pas juger puisque que chacun pense, jusqu'à un certain point, que « J'ai raison. Je suis le meilleur. Les autres ont tort. » J'ai rencontré des milliers et des milliers de gens qui racontaient des choses différentes de leur point de vue. Même mes chiens et mes animaux de compagnie font la même chose. Ils se plaignent des autres animaux parce qu'ils pensent qu'ils sont les plus propres, les plus intelligents et les meilleurs. Quand vous souffrez du syndrome de « je suis le meilleur », cela vous montre que vous avez encore beaucoup de chemin à faire, que vous devez davantage intégrer la pratique dans votre cœur et vous rendre plus compréhensif.

Je connais une plaisanterie idiote que j'ai toujours voulu partager d'une manière polie, mais n'ai jamais eu l'occasion de dire quelque chose. Par exemple, nous sommes un groupe d'amis en train de faire de grosses commissions dans les toilettes de quelqu'un et nous mettons beaucoup de désordre. Le propriétaire de la maison, et bien sûr des toilettes, vient faire de grandes histoires en disant que nous devons nettoyer derrière nous. Vous n'auriez pas envie de nettoyer derrière les autres, alors vous chercherez de haut en bas vos propres « affaires », en espérant que vous n'aurez pas à nettoyer celles des autres, parce les vôtres sont plus propres et acceptables que celles des autres. N'est-ce pas notre façon de regarder les autres ? Les autres sont moins propres, moins acceptables, moins appropriés comparés à nous-mêmes. Nous sommes toujours meilleurs, sinon les meilleurs.

Le monde est dans un état de désordre à cause de notre attitude individualiste de « je suis le meilleur ». Collectivement, cette attitude de « je suis le meilleur » engendre beaucoup de chaos et de souffrance dans de nombreux coins du monde. Parce que « je suis le meilleur », je dois m'approprier les pays des autres et donc des guerres éclatent. Parce que « j'ai plus besoin des ressources naturelles que quiconque », j'abuse de la nature des autres en m'appropriant leurs forêts, leur or, etc. C'est le problème de « je suis le meilleur ». Depuis les disputes individuelles aux problèmes internationaux, d'après ma compréhension, ils sont tous le résultat de « je suis le meilleur ». Même au sein des religions, des lignées bouddhistes, nous ne sommes pas en harmonie. Nous devons constamment prouver que nous sommes les meilleurs, et en ce faisant, nous sacrifions notre propre compréhension et notre propre éveil.

Alors à quoi bon penser que « je suis le meilleur » et perdre notre propre direction et notre chemin, du fait que nous ne nous laissons pas du tout d'espace pour nous améliorer. « Le meilleur » veut dire « la fin ». Je pense que si, honnêtement, nous faisons un pas en arrière pour nous regarder, nous verrions que c'est acceptable de ne pas être le meilleur, le second meilleur, le troisième meilleur ou même le dernier. Ce sens d'humilité nous donnera beaucoup d'espace pour nous améliorer et pour accepter toutes sortes de situations. N'est-ce pas la raison pour laquelle nous sommes sur le chemin spirituel ? Mais à nouveau, je ne dis pas que vous ne devez pas faire de votre mieux. « Faire de son mieux » et « je suis le meilleur » sont deux choses bien différentes. « Faire de son mieux » veut dire que vous faites des efforts pour réussir. « Je suis le meilleur » veux dire qu'en dehors de vous-même, personne d'autre n'existe. Les deux choses sont complètement différentes. C'est quelque chose que vous devez comprendre.